C’est certainement une sorte de tradition, chaque gouvernement se doit de proposer sa nouvelle loi de l’ESR. Juste après l’élection de N. Sarkozy, ça n’a pas trainé car dès l’été 2007 nous avons eu droit à la fameuse loi LRU, orchestrée magistralement par Valérie Pécresse, alors ministre de l’ESR. On peut dire que cette loi aura secoué le cocotier car pour la première fois depuis longtemps, c’est l’Université qui était mise au centre de l’échiquier. Bien entendu, cela ne s’est pas fait sans remous car la sphère conservatrice universitaire s’est opposée à cette loi et finalement il n’y pas eu réellement de changement majeur. Sur ce sujet, je manque certainement d’objectivité car je voue une admiration sans bornes à V. Pécresse qui fut sans nulle doute la ministre de l’ESR la plus compétente et la plus ambitieuse de toute la galaxie. Puis, il y a eu le « grand emprunt », appelé un peu plus tard le PIA avec sa liste de BiduleX. On en est aujourd’hui au PIA3 puisque celui-ci a été repris par les différents gouvernements.

Ensuite, en 2013, il y a eu la « loi Fioraso » (Loi relative à l’enseignement supérieur et à la recherche). Bien qu’ayant suivi attentivement cette loi à l’époque, je ne sais pas ce qu’il faut retenir de cette loi. Le remplacement de l’AERES par l’HCERES ? La création des COMUE qui a rajouté une couche incompréhensible au millefeuille de l’ESR ?

Aujourd’hui, on est à a veille de la loi de l’ère d’E. Macron avec la LPPR (Loi de Programmation Pluri-Annuelle de la Recherche), qui sera discutée très prochainement dans les hémicycles. A ce jour, on ne connait pas le contenu de cette loi. Par contre, on connait le contenu de trois rapports que le gouvernement a commandé à des groupes de travail. Il y avait trois thèmes (Financement de la recherche, Attractivité des emplois et des carrières scientifiques, Recherche partenariale et innovation). Si ce n’est pas déjà fait, on pourra les lire ici. Il y a beaucoup de choses intéressantes dans ces trois textes. Cela permet de faire un état des lieux et de mettre en avant les grands points qui pourraient être en discussion ou réformés. J’ai quand même l’impression que la grande majorité des problèmes soulevés pourraient être solutionnés dans le contexte de la loi actuelle, qui donne quand même des possibilités d’action, mais qui ne sont pas mises en œuvre.

On entend déjà des cris d’orfraie contre cette loi dont on ne connait pas le contenu. Je pense que des gens confondent « travaux de groupes de travail » avec « pré-texte ou texte de loi ». Cette contestation naissante trouve son origine, et actuellement point de focalisation privilégié, dans une petite phrase d’Antoine Petit, actuel PDG du CNRS et aussi rapporteur d’un des groupes de travail préparatoire à la LPPR. Il a déclaré dans Les Echos que « Il faut une loi ambitieuse, inégalitaire – oui, inégalitaire, une loi vertueuse et darwinienne, qui encourage les scientifiques, équipes, laboratoires, établissements les plus performants à l’échelle internationale » (Les Echos, édition du 26 novembre 2019). Le mot « darwinienne » était certainement ici un peu malheureux. Ce point de vue, qui est celui d’une personne (certes influente), a été interprété comme celui d’un gouvernement qui viserait à privilégier les élites de l’ESR. Des tribunes véhémentes, au contenu anxiogène, se sont succédées pour dénoncer un projet de loi qui n’a pour but que la destruction du service public de l’ESR.

Je ne sais pas s’il faut attendre grand-chose de cette LPPR. Il ne m’a pas paru que l’ESR était une préoccupation majeure et dans le climat actuel, je doute fort que le gouvernement prenne le risque de mettre dans la rue les universitaires et les étudiants. Les nonistes peuvent dormir sur leurs deux oreilles, il ne se passera rien. Les universités resteront les parents pauvres de l’ESR.