La consultation actuelle sur la loi de programmation pluriannuelle de la recherche, c’est un peu notre « grand débat national » à nous (lire ici). Bien entendu on peut regretter que le l’enseignement supérieur n’ait pas été inscrit dans la consultation, probablement parce que de ce côté-là tout va bien ?

Trois grands thèmes sont proposés dans le débat (1) Recherche sur projet, financement compétitif et financement des laboratoires. (2) Attractivité des emplois et des carrières scientifiques (3) Innovation et recherche partenariale. Pour chacun de ces thèmes, il y a des groupes de travail (voir composition ici), pour une restitution des travaux en juillet 2019.

En ce qui concerne le second thème (Attractivité des emplois et des carrières scientifiques), je pense qu’il est sous-entendu qu’on parle des emplois et carrières scientifiques dans la fonction publique. En effet, le texte de lancement de cette consultation ne mentionne pas autre chose. Ce texte positionne clairement le niveau de salaire des emplois scientifiques : « Les débuts de carrière sont parfois problématiques, du fait tout à la fois de l’allongement de l’âge d’accès au premier emploi stable (34 ans en moyenne) et du niveau des rémunérations de début de carrière (de l’ordre de 1,3 à 1,6 SMIC). Pour mémoire, le salaire moyen d’un enseignant chercheur est de 3482 euros net pour un âge moyen de 50 ans ». Une bonne façon de rendre ces carrières plus attractives serait bien entendu de revaloriser ces salaires. Pour autant, l’attractivité n’est pas forcement faible si on en croit la compétition féroce que se livrent les candidats sur les concours de maître de conférences ou de chargé de recherche des organismes. Si le salaire est modéré, le statut de fonctionnaire est certainement un avantage comparé à de nombreux autres pays où les postes statutaires permanents sont rares.

Quand on parle des emplois et des carrières, on pourrait mentionner le recrutement des chercheurs et enseignants-chercheurs. Comme le mentionne le texte introductif, l’âge moyen est de 34 ans, ce qui veut dire qu’avant d’être recruté, un candidat passe de nombreuses années en séjour post-doctoral ou autre situation à contrat à durée déterminée. Cette longue période post-thèse, d’une durée moyenne de 5-6 ans, devient-elle une sorte de « norme » ou de passage obligé avant de pouvoir accéder à un poste permanent ? Comme une sorte de « tenure track » qui ne dit pas on nom ? Ou au contraire, faut-il essayer de faire baisser cette durée en imposant par exemple une limite d’âge ou de durée de période post-thèse pour postuler ?

Sur le recrutement en lui-même, pour les enseignants-chercheurs, on pourrait certainement apporter des améliorations. Tout d’abord, on pourrait supprimer la « qualification » du CNU, qui ne sert pas à grand-chose et qui intervient avant même la publication des postes au concours (ce qui représente une certaine absurdité du système). Cette qualification en amont fait doublon avec les comités de recrutement (appelés comités de sélection), ceux-là sont parfaitement aptes à trier les bons des mauvais dossiers. Cette suppression représenterait une économie de temps et d’argent substantielle, sans compter le temps économisé par les candidats (un dossier de moins à faire).

En ce qui concerne les comités de sélection, il faudrait revoir en profondeur le principe de constitution. A l’heure actuelle, sa composition est contraire au principe d’autonomie des Universités. Je pense qu’il faudrait revenir à un format comprenant une représentation majoritaire du département qui recrute (qui représentera l’Université). Il faudra aussi prévoir 2-3 extérieurs, ces derniers seraient tirés au sort (et surtout pas des noms proposés par l’équipe qui recrute !). J’avais fait un billet sur ce sujet, qui date un peu mais les grandes lignes restent inchangées, on pourra le lire pour plus de détails (lire ici).

Comme c’est la période des comités de sélection, comme beaucoup je participe à ces réjouissances. Le mot d’ordre est : « aucun contact avec les candidats ». En un sens, je comprends un peu les problèmes possibles (égalité des chances devant un concours de la fonction publique), mais d’un autre coté je trouve un peu ubuesque que le labo et département qui recrute ne puisse pas approfondir les échanges avec les candidats dans la dernière ligne droite. Tout va donc se jouer en 30 min d’audition, montre en main !

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