« Le Plan S est une initiative lancée par Science Europe (Association d’organisations scientifiques, basée à Bruxelles) qui a contribué à la coordination du plan) le 4 septembre 2018 pour promouvoir l’édition scientifique en libre accès. C’est une initiative de la Commission européenne et de la « cOAlition S », un consortium soutenu par le Conseil Européen de la Recherche et les agences de financement de la recherche de douze pays Européens (dont l’ANR). Le plan exige que les scientifiques et les chercheurs qui bénéficient d’un financement public pour leurs projets des organismes de recherche et institutions publient leurs travaux en accès libre ici à 2020 » (source wikipédia, ici).

Comme nous l’avons discuté dans le billet précédent, le plan S va certainement modifier profondément le modèle économique des maisons d’édition, que ce soit pour les éditeurs commerciaux ou les sociétés savantes.

Examinons maintenant l’angle de vue de l’auteur.

Rappelons tout d’abord qu’actuellement, le système est très largement financé par les abonnements, ceux-là étant gérés par les bibliothécaires (achat de ressources documentaires), souvent regroupés en consortium pour négocier avec les éditeurs et tenter de faire baisser les prix (consortium Couperin en France). En somme, on est dans un système « lecteur payeur ». J’ai cherché quelques données sur les chiffres liés aux abonnements. On arrive bien entendu sur des montants astronomiques. Toutefois, ces chiffres sont difficilement lisibles, parfois contradictoires. Par exemple, j’ai essayé de savoir le prix des abonnements rapporté à l’unité d’article publié. Selon les sources, ces chiffres oscillent entre 1500 et 3000 € par article.

Il est très clair que le plan S impose une inflexion forte vers un autre mode de financement, celui de l’auteur payeur. On note qu’aujourd’hui, beaucoup de revues sont hybrides, c’est-à-dire qu’elles permettent à la fois la publication en open access (aux frais des chercheurs) tout en restant accessibles par les abonnements souscrits par les institutions de recherche. Parfois on se demande si la recherche ne payerait pas deux fois pour un seul service … On comprend certainement pourquoi le plan S ne permet pas de publications dans les revues hybrides (voir billet précédent).

Admettons que le plan S soit un succès. Dans ce cas, il n’y aura plus d’abonnements par les institutions car l’accès sera libre à tous. Le prix de la publication sera transféré sur les chercheurs, alors qu’auparavant il était assuré en amont par les établissements. Bien entendu, ce transfert budgétaire pourra se faire aussi dans les établissements, c’est-à-dire de baisser le budget alloué aux ressources documentaires et le transférer l’équivalent sur le budget recherche. Compte tenu des difficultés financières des Universités, il n’est pas garanti que cela soit le cas. Pour une équipe ou labo, les publications représenteront une partie importante de leur budget, que j’estime entre 10 et 20 % (en sciences dures, comportant de l’expérimentation et caractérisation). Espérons que les mesures financières aillent dans ce sens pour les labos, sinon cette transition vers l’OA risque d’ajouter beaucoup de difficultés.

Il y a quelques jours, le consortium Couperin a lancé une enquête sur le thème « que faut-il faire pour la science soit plus ouverte ? ». L’enquête est ici, réponse avant le 8 mars 2019.

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