Il y a quelques jours, la ministre Frédérique Vidal a présenté ses vœux pour 2019. Dans ce genre d’exercice, il faut bien entendu passer par un paquet de considérations convenues : l’accès « au savoir, à la formation est la clé de toute émancipation » ; les « progrès de la science ont permis, tout au long des décennies passées, de relever les immenses défis collectifs qui s’offraient à nous » (hum hum), ou « c’est la recherche qui permet à notre projet de société de rester mobile », etc … mais au-delà de ça, Frédérique Vidal identifie trois axes principaux pour cette année 2019 (1) des moyens (2) L’Europe (3) l’innovation.

En ce qui concerne les moyens, Frédérique Vidal annonce que « nous poursuivrons la remise à niveau des crédits de l’ANR ». Elle ne donne hélas aucun chiffrage. Elle nous explique qu’il faut soutenir à la fois la recherche fondamentale et la recherche finalisée, et qu’il faut dépasser les querelles Sciences fondamentales/Sciences appliquées, ainsi que financement sur projet/financement récurrent. Il faut aussi arrêter « la tension presque immémoriale entre organismes de recherche et universités ou grandes écoles », « le moment est venu de tourner la page des oppositions ». Sur ce dernier point, qu’elle ne compte pas sur moi pour tourner cette page étant donné que ces querelles sont un peu mon fonds de commerce sur ce blog !  Pour ma part je continuerai à militer pour les Universités.

Pour l’Europe, « la confiance dans la science et dans les scientifiques est inscrite dans les gènes du projet européen ». Elle pense que la recherche permettra de murir « des réponses aux aspirations des citoyens européens ». La tâche me parait d’ampleur compte tenu de l’évolution de la vague populiste et nationaliste qui ne cesse de gonfler. Je doute fort que la recherche permette de s’en extirper. Curieusement, elle ne fait pas le lien avec les moyens. G. Fioraso avait fait de l’Europe un axe prioritaire, et avec un objectif plus clair. Étant donné que la France ne tire pas pleinement les marrons du feu sur les projets Européens, elle voulait augmenter le taux de succès sur les appels à projet européens (I want my money back !). Enfin, la ministre a expliqué longuement son action sur l’attractivité des étudiants étrangers et la volonté affichée d’augmenter le nombre d’étudiants étrangers. Sur ce volet, je sens qu’elle va avoir beaucoup de difficultés …

Enfin, elle a parlé de l’innovation. Pour être plus précis, il s’agit plutôt du thème du transfert vers les entreprises. « Le moment est venu de changer d’échelle, en matière de création de start-up issues des laboratoires comme de recherche partenariale ». Il n’est pas expliqué comment on fera ce changement d’échelle. Est-ce que ça veut dire qu’on va encore mettre plus d’argent public dans ce transfert vers l’entreprise ? Mon impression est qu’on en donne déjà énormément, au détriment d’une recherche un peu plus amont. Et il existe déjà multitude de dispositifs dont c’est la mission et qu’on alimente grassement (les SATT, les IRT, les instituts Carnot, …), sans compter tous les dispositifs régionaux (qui sont pour la plupart des gouffres dont il ne sort presque jamais rien, mais qui consomme une masse d’argent conséquente). Si tout ça ne marche pas actuellement et qu’on n’est pas capable de faire ce travail de transfert, alors il faudrait avoir le courage de supprimer la masse de dispositifs existants et de changer de modèle.

On pourra lire le discours complet ici.

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