L’expérimentation, c’est souvent une démarche centrale de l’étude des systèmes complexes. Comme beaucoup de chercheurs en science dure, je m’y adonne régulièrement (avec plus ou moins de succès). Si on va vers une considération un peu plus macroscopique, on peut certainement considérer que l’ESR français est un système complexe, tellement complexe qu’on ne comprend pas grand-chose de son fonctionnement. A en croire certains, en particulier les collectifs nonistes qui luttent sans relâche pour freiner toute réforme, on aurait atteint un point d’équilibre de perfection et il serait bien entendu dangereux de risquer de perdre cet équilibre (car reconnaissons tout de même que celui-ci est instable). Pour l’étude de ce système, on a disposition une multitude d’enquêtes avec des chiffres mais à ma connaissance, on n’a guère de démarche expérimentale de sollicitation du système. Le principe de cette expérimentation serait de modifier un des paramètres et de voir comment le système répond à cette modification. Il est vrai que cette expérimentation n’est guère possible, ou alors très à la marge, compte tenu des lois très contraignantes qui régissent le système ESR.

En aout dernier, il a été voté une loi pour « un État au service d’une société de confiance ». D’après ce que j’en comprends, il s’agit surtout de réduire les complexités (administratives, structurelles, …) et il semblerait que la motivation principale pour l’ESR soit relative à la complexité des regroupements d’établissements. Manifestement un modèle commun et homogène n’est pas possible et il serait donc laissé aux acteurs locaux le choix de leur forme juridique. J’imagine que tout ça sera quand même contrôlé et se fera sous couvert d’un accord avec l’État.

Si des expérimentations sont possibles à l’échelle des regroupements et organisations d’établissements, elles doivent être également possibles à une échelle inférieure, c’est-à-dire à l’échelle des formations et des services de recherche. Par exemple, pourquoi ne pas proposer une licence en 2 ans (au lieu de 3 ans selon les textes) ? C’est ce que va expérimenter l’Université de Tours (lire ici) avec les encouragements de la ministre Frédérique Vidal.

Bref avec cette loi, tout semble possible. Tentons ici de donner quelques exemples d’évolution et de simplification :

  • On pourrait par exemple décider que l’emploi du temps et les réservations de salles pour les formations soient faits par le secrétariat pédagogique plutôt que par les EC dont ce n’est pas le métier.
  • On pourrait revoir le mode de fonctionnement et la composition des comités de sélection (recrutement des EC). Les comités actuels sont très complexes à organiser et génèrent des frais importants. On pourrait expérimenter une composition locale et une nomination de deux extérieurs (par exemple nommés par le CNU), ces derniers seraient les « gendarmes » qui vérifieraient que tout se passe correctement. Ceci dit, un certain nombre d’universités ont trouvé une solution encore plus radicale : elles ont carrément supprimé les campagnes de recrutement des EC (et donc pas de comités de sélection).
  • On pourrait supprimer les sessions de rattrapage pour les étudiants. Ces rattrapages sont chronophages et impactent très fortement le calendrier pédagogique et donc l’organisation générale des formations. On introduirait alors une petite dose de contrôle continu pour compenser cette suppression. La note finale serait un composite de contrôle continu et d’examens terminaux. Le jury serait alors attentif aux notes du contrôle continu en cas de difficultés lors des examens terminaux.
  • Quand ils travaillent sur un site universitaire, on pourrait demander (imposer !) aux chercheurs des organismes de recherche de participer à la formation (et pas seulement en master). Pour ne pas trop les brusquer, on leur donnerait 50 h d’enseignement/an, ce qui est parfaitement gérable, sans mise en danger de leurs activités de recherche. Cette participation permettrait d’alléger un peu leur charge d’enseignement des EC.
  • Pour la recherche, on tenterait d’éviter l’émiettement des financements. Par exemple, on pourrait décider qu’on ne veut plus de demi-supports de financement de thèse comme ça devient la norme ces dernières années. Ces demi-financements complexifient fortement le processus de financement (et souvent le processus de recrutement).

Ce ne sont que des exemples, il y aurait certainement multitudes d’expérimentations à conduire. N’hésitez pas à en proposer ci-dessous !

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