En fin d’automne nous avons appris que le CNRS allait recruter moins de chercheurs lors de sa campagne d’emplois 2019 (250 postes au lieu de 300 l’année passée). Cela a provoqué des tribunes de contestations (lire ici par exemple) et pétition (lire ici). Une baisse du nombre de chercheurs n’est bien entendu par une bonne nouvelle pour la recherche, mais il ne faut pas oublier aussi que nombre d’universités, à cause de difficultés budgétaires, ont aussi été obligées de diminuer ou parfois supprimer carrément leurs campagnes d’emplois. Dans ces cas, on n’a eu peu de réactions et je n’ai pas souvenir de contestations spéciales. Comme souvent en France, on sacralise les organismes de recherche, mais les difficultés de l’université, c’est du second plan. Moi je veux bien signer une pétition à ce sujet, mais que les 50 postes qui seront obtenus soient reversés à l’université !

Le 19 décembre, à la radio, la ministre ESRI Frédérique Vidal nous en dit plus sur cette baisse du nombre de recrutement de chercheurs CNRS : Le CNRS « a choisi de favoriser le recrutement de 300 doctorants plutôt que 50 chercheurs statutaires » car il est « important de soutenir l’émergence de jeunes talents« . Le CNRS explique sa stratégie ici (je vous laisse lire sans commenter car les motivations ne me paraissent pas claires). Recruter plus de doctorants, pourquoi pas ? Ce sont des gros moteurs de la recherche. Toutefois il faudra accompagner leur insertion post-doctorat car les entreprises françaises semblent toujours aussi frileuses à en embaucher et les concours pour une carrière académiques sont un parcours du combattant assez difficile. Le plus drôle, c’est que le CNRS n’est pas habilité à délivrer un doctorat (si je ne me trompe pas), un comble pour un organisme de recherche !

Mais revenons au concours de chercheurs CNRS de 2019. Le CNRS souhaite manifestement colorier un tiers des postes proposés, ce qui est un taux plus élevé que les années précédentes. Pour les incultes, rappelons qu’un coloriage est une incitation forte à recruter sur une thématique particulière et parfois sur critère géographique. La plupart des postes sont de couleur blanche, c’est-à-dire qu’ils sont ouverts à l’ensemble des sujets de recherche. Qu’un organisme de recherche ait un minimum de pilotage scientifique ne me parait pas aberrant, mais manifestement ça ne plait pas à tout le monde (lire ici la lettre du SNCS-FSU, avec un peu d’humour à la fin : À la racine de cette orgie de coloriage, il y a peut-être l’idée fausse selon laquelle la couleur serait, par rapport au blanc, une valeur ajoutée … Au moins les physiciens ne devraient pas croire ça ! Newton a démontré, il y a déjà longtemps, que la lumière blanche contient toutes les couleurs. La couleur est une restriction : « colour’d powders do suppress and stop in them a very considerable part of the light by which they are illuminated ». Ceci dit, moi j’ai appris que des goûts et des couleurs, on ne discute pas !.

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