hacheSouvent, ces débats sur la licence reviennent dans les discussions de la Gaïa Universitas : les étudiants sont nuls, les diplômes sont bradés … mais l’échec en licence est toujours aussi élevé, peut-être à cause de la non-sélection des étudiants ? Rien de mieux que d’écouter mes commentateurs, enseignants en licence et à bout de nerfs …

Compensations et responsabilité des enseignants : « Un certain nombre de dispositifs obtenus par l’UNEF ont dépossédé les enseignants d’une grande part de leur marge de manœuvre. Le système des compensations à outrance (tout compense tout, à l’intérieur d’une année ou du diplôme), en vertu duquel le macramé compense n’importe quel cours disciplinaire sans qu’on puisse y faire grande chose impose justement de pouvoir dire stop à l’entrée en master. Et même moi qui mets des notes vraiment très basses j’ai toujours la surprise de constater que les étudiants les plus nuls passent allègrement dans l’année supérieure et finissent par avoir leur licence, non pas grâce aux notes de la majeure mais à tout le reste. Donc avoir une notation réaliste et responsable (finalement la seule marge de manœuvre que nous avons) ne suffit pas. Les nouvelles maquettes de licence, qui ont encore réduit la part du disciplinaire, ne vont pas dans le sens du qualitatif. Tout est fait pour gommer artificiellement l’échec en première année. Chez nous je dirai qu’au mieux 20% des effectifs de première année ont leur place en licence et méritent leur diplôme en fin de L3. Manifestement un tel chiffre a été jugé inacceptable. Donc fuck la « responsabilité des enseignants »! »

Maquette et camomille : « Les enseignants élaborent les maquettes à partir des injonctions ministérielles mais aussi à partir des textes de cadrage élaborés en amont par le CFVU entre autres. Le profaillon arrive en bout de chaîne alimentaire et doit faire avec ça, sachant que dans les réunions de maquette (auxquelles j’ai activement participé) se croisent des gens avec des conceptions très différentes de l’exercice qui vont de « on fait comme ils disent » à « on les emmerde et on fait comme on veut ». Il en sort une sorte d’objet catastrophique ménageant théoriquement la chèvre et le chou et ne ressemblant souvent pas à grand-chose. Comment pourrait-il en être autrement quand plane la menace de ne pas voir son diplôme accrédité? Ou de ne même pas obtenir le feu vert des conseils centraux? La sélection progressive en trois ans, ben croyez-moi ça ne marche pas tant que ça… la seule qui s’opère c’est celle de l’abandon. Mais ce ne sont pas forcément les plus nuls qui abandonnent. Cela dit perso je m’en tape désormais. J’ai bien intégré le fait que les prépas et les GE sont là pour former l’élite dont le pays a besoin tandis que les facs sont là pour occuper les masses avec la possibilité de faire sortir du troupeau quelques étudiants échoués là par miracle. Personne n’y changera jamais rien. Donc effectivement, droit au master opposable. Bientôt la même chose pour le doctorat (et comme ça on ne parlera plus de sa revalorisation). Valsez saucisses! Ite missa est. Et comme tout le monde se retrouvera propulsé en master, tout le monde sera éternellement ravi de cette illusion prolongée ad nauseam jusqu’au couperet final (dont on se lavera copieusement les mains): l’inemployabilité de tous ces beaux diplômés. Bon, je vous laisse je vais me faire une petite camomille. »

Salauds de profaillons : « Dans mon conseil d’UFR (je le sais j’en fais partie) il y a plus de 50% d’EC, sans compter les invités permanents que sont les directeurs de département et les responsables de diplômes. Ces gens sont présents, ils agissent, ils sont attentifs, ils font de leur mieux. Le reste du temps ils sont aussi dans des conseils centraux, dans les conseils des COMUES, ils remplissent des dossiers de financement, répondent à des appels à projet, participent à des colloques, en organisent, publient dans des revues à comité de lecture, évaluent les articles des autres, gèrent le quotidien à la con (Madame, chais pas c’est quoi la salle pour le cours! Madame, j’ai pas trouvé ma note! Madame j’étais pas là au partiel je peux vous rendre un truc pour valider quand même?! Madame comment on s’incrit à Moodle déjà j’ai perdu la feuille que vous aviez donnée?! Madame j’ai pas mon texte! Tiens la serrure de la salle est cassée! Tiens la lumière ne marche plus! tiens le chauffage est éteint et il fait 15°! Tiens y a une fuite d’eau! Tiens le tableau blanc a été tagué!) et passent leur temps à envoyer des mails auxquels ils n’obtiennent jamais de réponse où à aller voir des secrétaires qui ne sont jamais dans leur bureau où travaillent à guichet fermé. Donc oui, je le répète, ces salauds de profaillons de mes fesses méritent largement la situation dans laquelle ils se trouvent, vous avez cent fois raison. Ils devraient se tordre les poignets et se griffer le visage en se couvrant la tête de cendre et expier pendant qu’il est temps leurs très grandes fautes. Toute la politique de l’ESR des trente dernières années, ils l’ont bien cherchée. Ils n’avaient qu’à faire prof de prépa comme tout le monde! ».

Merci à Fubar pour l’animation de ce blog !