master2On se souvient que la ministre, Najat Vallaud-Belkacem, avait déclaré, au sujet de la sélection dans l’enseignement supérieur, que « la sélection, profondément rétrograde, s’oppose à la démocratisation et au renouvellement de nos élites, mais s’oppose aussi frontalement à ce qui fait la force de notre enseignement supérieur ». Suite aux polémiques sur la sélection en master (jugée illégale par le Conseil d’Etat), on se souvient aussi que le ministère devait publier une liste sur les masters qui seront autorisés à sélectionner les étudiants. A ce sujet, la ministre avait également déclaré :   « Vous pouvez compter sur moi pour vous assurer que la liste des formations relevant du 2e cycle pouvant faire l’objet d’une sélection sera très limitative ».

Cette liste de masters 2 sélectifs a été publiée récemment dans un décret (ou projet de décret ?). C’est finalement 1300 mentions de master qui sont concernées, soit 42 % du total des masters (source ici, incluant la liste en question). Je trouve que ce n’est pas une liste si limitative que ça …

Sur la toile, on peut lire que tout le monde n’est pas satisfait par ce décret :

  • Urgence de la situation: « Il s’agit d’une solution trouvée en urgence à un problème qui date de l’adoption, en 2002, du système des trois cycles « LMD ». Le bac +4, autrefois appelé diplôme de maîtrise, a ainsi été supprimé, mais il survit virtuellement, sous le nom de M1, tout comme la sélection autrefois pratiquée à l’issue de la maîtrise » Source ici. Franchement, 2002 c’était il y a 14 ans !
  • Sélection bien placée ? On peut lire aussi l’éternel commentaire d’une sélection en plein milieu d’un cycle d’étude … (mais voir commentaire précédent). « Sélectionner entre le M1 et le M2 va à l’encontre du principe du cycle inscrit dans l’article 612-1 du code de l’éducation » (source idem).
  • Le CNESER a voté contre ce décret, avec une répartition des votes qui ne témoigne pas d’une grande unanimité sur la question (19 oui, 27 non et 29 abstentions). Cela montre que la communauté universitaire est assez divisée sur ce point.
  • D’après la CPU (Conférence des présidents d’université), « la sélection est nécessaire et non négociable » (source ici). Lire également la pétition dont nous avons parlé récemment dans un billet précédent (ici).
  • L’UNEF, syndicat étudiant, opposé à la sélection : « Nous allons demander la création d’un droit à la poursuite des études ». « Et plus on risque d’accroître les inégalités, en créant des facs-poubelles » (ce qui n’est pas un risque à exclure si effectivement des établissements sont non sélectives et d’autres sélectives) Source ici. Plus généralement, on pourra lire la réaction de l’UNEF ici. Extrait : « l’UNEF considère que le contenu de ce décret est un mauvais signal. Certes, il empêchera pour la prochaine rentrée les pratiques sélectives en M1 et réduira légèrement le nombre de pratiques sélectives en M2, mais où est passé la question fondamentale du droit à la poursuite d’étude jusqu’à la fin du master ? »
  • La Fage, autre syndicat étudiant est lui aussi opposé à la sélection, du moins il revendique que « chaque étudiant de licence souhaitant poursuivre son cursus doit se voir garanti, de droit, un accès dans un des masters compatibles avec la mention de sa licence ». Ce syndicat voit plutôt une situation qui va tendre à évoluer positivement : « La FAGE se satisfait néanmoins que, quinze ans après la rédaction de l’arrêté master, une occasion d’enfin doter nos universités des moyens de proposer des diplômes de master cohérents se présente. La concertation qui s’annonce doit impérativement aboutir à la structuration d’un cycle de deux ans, appuyé sur quatre semestres solidaires et cohérents. […]  La sélection entre les deux années est un non-sens qui doit définitivement prendre fin » Source ici.
  • Concertation. Enfin, il est à noter que Thierry Mandon a lancé une  concertation de quatre mois plus large sur le cycle de master. Cette concertation montre bien que le décret n’est qu’un outil transitoire et que la vraie solution au problème n’a toujours pas été trouvée …
  • Et l’autonomie des universités ? On pourra constater que c’est le ministère qui dicte la règle de qui peut être sélectif ou non. On est encore très très loin d’une vraie autonomie des universités.