appel_projetsFaisons un petit point sur la grande consultation lancée par T. Mandon, qui vise à simplifier l’ESR. Rappelons que ce projet de simplification est tout à fait modeste, puisque « ce chantier de simplification porte exclusivement sur l’amélioration des démarches de la vie professionnelle quotidienne des acteurs de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ». Nulle réelle intention d’aller simplifier ce qui est réellement problématique, comme la double dualité de notre ESR ou l’empilement de structures que sont les COMUE ou autres Bidulex. Le point d’étape proposé est celui des appels à projets, on peut lire les contributions à ce sujet ici.

Je mets ci-dessous quelques morceaux choisis pris dans les contributions. Les mêmes critiques reviennent de façon récurrente et il semble qu’il y a un assez bon consensus sur le sujet. On sent assez clairement que les chercheurs sont fatigués par ces appels à projets multiples aux faibles taux de succès.

  • « Les appels à projet se multiplient et ont souvent un faible taux de  succès. Cela occasionne une très grande perte du temps de recherche tant  pour les personnels qui soumettent les projets que pour ceux qui les  évaluent. Le gain net entre les moyens mis à disposition des projets  sélectionnés ne me semble pas réellement compenser la perte nette de  temps de recherche pour tous ceux qui ne passent pas la barre de la  sélection. C’est un souci de gestion des finances publiques me semble-t-il ».
  • « Rendez sa liberté au chercheur: elle est essentielle pour l’épanouissement des idées. Aujourd’hui les fonds de roulement sont à un niveau si faible que la moindre activité nécessite de faire des demandes de fonds. Il faut alors s’adresser à une multitude de guichets différents, d’autant moins bien dotés qu’ils sont de plus en plus nombreux ».
  • « Ne plus multiplier les appels à projets pour financer toute la recherche, mais limiter ces appels à des projets importants, le financement des laboratoires étant assuré par des crédits récurrents pérennes. Ceci permettrait de gagner beaucoup d’heures pour faire de la recherche et non pas pour écrire des propositions de financement ou des évaluations de propositions (le plus souvent faites par des personnes non compétentes dans le domaine). »
  • A noter également que nombre de contributions demandent la suppression de l’ANR, souvent pour que l’argent soit distribué sous la forme de financement récurrents dans les laboratoires.

Pour ma part, je pense qu’il faut :

  • Réduire le nombre de guichets. Je suis bien d’accord que les financeurs sont multiples (Europe, ANR, régions, Métropoles, ADEME, ANRT, FUI, etc …), mais ils pourraient se mettent d’accord pour alimenter une caisse commune. S’ils veulent cibler leur financement, il suffirait d’inclure dans le dossier l’émargement sur un point particulier qu’un financeur souhaite soutenir (par exemple pour le fléchage d’un projet sur une zone géographique ou sur un thème donné).
  • Simplifier les formulaires. Le cœur du formulaire doit être le projet scientifique. Il y a trop de critères à satisfaire et étant donné les taux de succès faibles, le moindre écart peut être fatal. Tout le monde n’est pas forcement jeune, interdisciplinaire et produire une recherche à impact sociétal ou industriel.
  • Rétablir un équilibre entre un financement récurrent des laboratoires et la recherche sur projet.
  • Augmenter la durée des projets de recherche. Par exemple le standard de 3-4 ans de l’ANR pourrait glisser sur des projets sur 5 ans.
  • Augmenter les taux de succès de façon significative, y compris si les budgets n’augmentent pas (ce qui signifie dans ce cas plus de projets moins financés au lieu de peu de projets bien financés). Pour ma part je trouve que ces appels à projets sont devenus trop élitistes. Une équipe de recherche de niveau correct (et non exceptionnel) devrait avoir les moyens de travailler correctement.