master2On se souvient que la semaine passée, la ministre Najat Vallaud-Belkacem avait déclaré, au sujet des masters, que « la sélection, profondément rétrograde, s’oppose à la démocratisation et au renouvellement de nos élites, mais s’oppose aussi frontalement à ce qui fait la force de notre enseignement supérieur » (lire ici). Ces derniers jours, un collectif d’universitaires rétrogrades ont envoyé à la ministre une lettre ouverte dans laquelle ils se positionnent en faveur de la sélection en master, à l’entrée du M1. On peut lire cette lettre ici . Quelques extraits :

  • « Les ministères successifs, toutes tendances confondues, ont, dans le souci de ne fâcher personne, ajourné depuis plus de dix ans la mise en place d’un vrai cycle de master tel que prévu dans la reconfiguration des études supérieures en licence, master et doctorat. Ils n’ont pas institué la sélection en première année de master, cohérente avec la notion de cursus en deux ans, mais l’ont conservée à l’entrée de la deuxième année, comme pour les anciens DEA et DESS ». A mon sens, l’absence de mise en place d’un vrai cycle master arrangeait tout le monde. Pour les politiques, c’était éviter d’envoyer les étudiants dans la rue. Pour les universitaires, c’était une solution de facilité car la création des masters a consisté en la fusion de la maitrise et du DEA/DESS, sans grande réforme majeur de ces deux années d’études (comme en témoigne les labels « M2R » et « M2P »). Bref on a fait perdurer la sélection à l’entrée du bac+5, en plein milieu d’un cycle d’études, ce qui me parait quand même un peu étonnant.
  •  « Pendant que les universités devront ainsi assumer le poids de la non-sélection, nos « grandes écoles » et nos « grands établissements » pourront tranquillement attirer les étudiants jugés les plus capables et leur conférer le grade de master sans que quiconque leur cherche noise ». Il est vrai que la phrase de Najat Vallaud-Belkacem citée en début de billet se trouve en belle contradiction avec les pratiques des GE. Si vraiment la sélection est rétrograde et s’oppose à la démocratisation et au renouvellement de nos élites, alors soyons courageux : supprimons la sélection à l’entrée des GE. D’ailleurs la lettre ne s’y trompe pas : le gouvernement « doit refuser d’accroître par décret les inégalités institutionnelles réelles au sein de notre enseignement supérieur, entre universités encore peu autonomes et écoles – quand on sait l’urgence de rapprocher les deux systèmes ».
  • « Refuser la possibilité de sélectionner en master, c’est décourager un peu plus les enseignants-chercheurs, les priver des moyens de s’acquitter de leur mission. C’est un nouveau déni de confiance envers les universités, leurs enseignants et leurs chercheurs ». A mon avis le gros point de découragement des enseignants chercheurs est surtout situé en licence. Mais il est vrai que l’interdiction de sélectionner (sauf être sur la liste très limitative du futur décret) peut être considéré comme un déni de confiance, qui va en outre fortement à contrecourant d’une autonomie des universités. On peut penser que cette liste limitative concernera les masters très demandés. Comment sera opéré la sélection : sur dossier ou par tirage au sort ?

On pourra noter qu’il y a une pétition en ligne pour soutien à cette lettre ouverte, ici (644 signataires à l’heure ou j’écris ce billet).