B. Attali, dans son rapport sur l’école Polytechnique (lire ici), s’interroge sur le pilotage de la recherche dans l’institution. Il note que « une des faiblesses majeures de l’X est assurément la répartition des personnels de recherche entre différentes tutelles : sur les 900 personnes qui travaillent au centre de recherche de l’École polytechnique (doctorants et post-doctorants non compris), seul un quart est salarié de l’École polytechnique !». Il fait là allusion à la présence en nombre de chercheurs d’organismes de recherche dans les laboratoires de l’école. Ce « morcellement des tutelles » est un facteur essentiellement français et qui rend l’organisation de la recherche un peu compliquée. Pour ma part, je pense que les organismes de recherche nationaux étaient certainement très justifiés dans la période de l’après-guerre et des grands travaux de l’Etat. Aujourd’hui cette situation me parait plus discutable étant donné l’évolution de notre société et une recherche aujourd’hui très largement internationalisée. B. Attali semble se poser le même type de questions : « on ne peut cependant que s’interroger, à l’heure où l’État plaide, en regroupant géographiquement universités, grandes écoles et organismes de recherche, pour une territorialisation de l’enseignement supérieur et de la recherche, sur la place du CNRS en tant qu’opérateur national de la recherche. La question de l’évolution du CNRS vers une agence de moyens est d’ailleurs régulièrement posée…et laissée sans réponse».

B. Attali fait alors une proposition assez radicale : « Pourquoi ne pas aller plus loin, en travaillant sur une politique de basculement de personnels du CNRS vers un statut de personnels de l’X, sur la base du volontariat, avec évidemment un abondement du budget de l’École ?».

Evidemment cette proposition ne plait pas du tout au CNRS. Educpros nous a informé début janvier que le président du CNRS avait envoyé un mail aux directeurs des laboratoires hébergés par l’X pour les informés que « La poursuite du partenariat sous la forme des unités mixtes de recherche est clairement en question » et que « Cette proposition a été sagement remisée au placard, rappelle Alain Fuchs dans son mail, mais le simple fait de l’avoir envisagée en dit long sur l’état d’esprit qui a régné ces derniers mois autour du projet de l’École polytechnique » – source ici. Les griefs portent également sur l’absence de concertation avec le CNRS lors de la définition de la politique de recherche dans le projet de réforme de l’X, présentée lors de la grand-messe en décembre en présence de 3 ministres.

On a souvent discuté de ce thème de dualité Universités- organismes de recherche sur Gaïa. A mon sens, il y a trois éléments majeurs qui justifient de s’interroger encore sur le bienfondé de la persistance de cette dualité (1) Cette dualité provoque une forte inégalité de répartition des moyens de la recherche dans les territoires (lire ici pour le savoir plus). (2) Dans un contexte d’une recherche très fortement internationalisée, je m’interroge sur la réelle nécessité d’avoir une « recherche nationale » (hormis, bien entendu, les grands moyens, comme par exemples les instruments très onéreux) (3) Beaucoup de chercheurs travaillent dans les UMR avec l’université. De plus en plus de ces chercheurs sont impliqués dans l’enseignement de l’institution qui les héberge. Dans ce contexte, un rapprochement ou fusion des statuts me paraitrait assez naturel.