barriqueOn pouvait le redouter, le projet d’université Paris-Saclay (UPS) tourne au grand guignol. On ne sait plus si on doit en rire ou en pleurer. On ne sait pas si les psychodrames récents ont un réel fondement ou bien s’ils émergent juste pour égayer une ambiance ESR particulièrement morne en ce moment. L’idée de départ de cette UPS était pourtant intéressante, du moins digne des « grands travaux »: il s’agissait de créer une grande université de rang mondial, visible et attractive. Mais bien évidemment, la France de l’ESR étant un agglomérat de villages d’irréductibles gaulois, rien ne peut se faire simplement.

A mon sens, un problème important est que l’UPS n’est pas réellement une université. C’est une COMUE (communauté d’université et d’établissements). Certes elle a les statuts d’une université, mais elle contient aussi deux autres universités. On a donc une structure de type « poupée russe », avec différents niveaux de gouvernance et compétences qui sont en chevauchement. Elle héberge aussi des grandes écoles, dont les statuts, gouvernance, ministères de tutelle et pratiques sont très différents de ceux des universités. En outre, l’UPS a pour membres plusieurs organismes de recherche, qui sont des structures nationales, avec là encore leurs spécificités propres. Bref c’est un joyeux b …, bien illustré par la cacophonie récente autour de l’UPS.

Quelques éléments récents du triste théâtre de l’abyssale complexité de notre ESR :

Mi-décembre, trois ministres (J.-Y.Le Drian, T. Mandon et E. Macron, pour la défense, l’ESR et l’économie) assistent au conseil d’administration de l’X (qui dépend du ministère de la défense). On pourra lire le discours de Le Drian ici et un résumé des réformes de l’X ici. Parmi les éléments de réforme, on pourra noter plusieurs éléments qui viennent alimenter les polémiques:

  • La création d’un bachelor (formation post-bac en 3 ans). Il semble donc qu’on soit une phase d’amorçage de cycles intégrés dans les prestigieuses GE. A mon avis ça va faire des émules et les CPGE peuvent s’interroger sur leur pérennité à terme. Ce bachelor vaudra grade de licence. En bref, il est ouvert une porte pour que les GE mettent en place une nouvelle offre de formation sélective post-bac, qui rentrera bien évidemment en concurrence avec les licences des universités. Dans la diversification des formations de l’X, il est aussi prévu de mettre en place une formation conférant le grade de master bien séparée des masters universitaires.
  • Il est préconisé un rapprochement des écoles du plateau de Saclay. Cette recommandation va aussi dans le sens d’E. Macron qui pousse pour la création d’une association d’école d’ingénieur dans le cadre d’un « pôle d’excellence ». Cela va bien entendu à l’encontre du projet IDEX, dans lequel les GE se sont pourtant engagées. Je doute fort que l’UPS et son IDEX puisse survivre si ce pôle d’excellence est effectivement créé.
  • L’Etat (le ministère de la défense ?) met un gros paquet d’argent pour accompagner la réforme de l’X.

La réaction des universitaires à ces éléments est bien entendu assez vive. On pourra lire une lettre ouverte à l’attention de T. Mandon d’un collectif d’universitaires et celle la réaction du Snesup (à lire ici et ici sur le blog de S. Huet, Libération). Lire ici également une autre réaction publiée par l’Humanité.

Il ne manquait plus que la réaction des organismes de recherche. C’est chose faite par le CNRS dans une lettre aux directeurs d’UMR hébergées par l’X. Le CNRS est manifestement vexé de n’avoir pas (ou peu ?) été impliqué une concertation sur la politique de recherche de l’X et remet en question la « poursuite du partenariat sous la forme des unités mixtes de recherche » (lire ici sur le site d’EducPros)

A mon avis, les difficulté de structuration ne pourront pas se résorber tant qu’on n’abordera pas le problème de la double dualité de notre ESR. Par ailleurs, il me semble que la cacophonie actuelle a été largement alimentée par des visions et actions contradictoires des membres du gouvernement. Bien entendu, le fait que les GE dépendent souvent d’un autre ministère que celui de l’ESR n’aide pas à définir une politique globale cohérente.