homme_orchestreA cette question, on devrait pouvoir apporter une réponse immédiate : les EC font de l’enseignement et de la recherche. Le récent décret du 23 avril 2009 (qui fait suite au mouvement noniste de cette même année) me parait assez clair sur le sujet. Il dit que le «  temps de travail de référence, correspondant au temps de travail arrêté dans la fonction publique, est constitué pour les enseignants-chercheurs : 1° Pour moitié, par les services d’enseignement déterminés par rapport à une durée annuelle de référence égale à 128 heures de cours ou 192 heures de travaux dirigés ou pratiques ou toute combinaison équivalente en formation initiale, continue ou à distance ; 2° Pour moitié, par une activité de recherche. » (source ici). Donc c’est clair, les EC font de l’enseignement et de la recherche.

Mais en y regardant de plus près, on peut lire que « les fonctions des enseignants, chercheurs s’exercent dans les domaines énumérés aux articles L. 123-3 et L. 952-3 du code de l’éducation et L. 112-1 du code de la recherche ». Pour les enseignants chercheurs, c’est le L.952-3 : « Les fonctions des enseignants-chercheurs s’exercent dans les domaines suivants : 1° L’enseignement incluant formation initiale et continue, tutorat, orientation, conseil et contrôle des connaissances ; 2° La recherche ; 3° La diffusion des connaissances et la liaison avec l’environnement économique, social et culturel ; 4° La coopération internationale ; 5° L’administration et la gestion de l’établissement » (source ici).

Là ça devient franchement moins clair (mais certainement je ne sais pas lire les textes de loi). Si la moitié du temps est passé à l’enseignement et l’autre moitié à la recherche, je ne vois pas trop sur quelle base de temps de travail les EC peuvent exercer les items 3 à 5 du code de l’éducation. S’ils le font, il me parait évident qu’ils ne sont plus en phase avec le temps de travail fixé par le décret … Peut-être qu’un lecteur juriste pourrait nous expliquer ça clairement ?

Ceci dit, parlons des faits : beaucoup d’EC disent qu’ils sont submergés par les tâches administratives. Exemple : « la plupart des enseignants-chercheurs sont devenus des administratifs à temps partiel, voire à temps plein, au détriment de ce qu’est réellement leur métier. » (Source: extrait d’une tribune récente de Valérie Robert, dans TheConversation.com, à lire en entier ici). Ça veut certainement dire que l’item n°5 du code de l’éducation accapare un certain temps aux EC, plus ou moins important selon l’évolution de carrière des uns et des autres. Mais ce que je ne comprends pas bien, c’est comment on peut devenir un administratif à plein temps tout en restant dans la catégorie des EC. Pourquoi alors la personne en question ne glisse pas (même pour une durée temporaire) dans la catégorie des administratifs ?

Prenons deux autres exemples, l’un pris dans une conversation récente sur un blog (obscur) consacré à l’ESR : « On nous fait faire le boulot des secrétaires, on nous entraîne un peu en nous faisant tendre la sébile pour récolter la T.A., on a plus qu’à s’entraîner à faire les poches des touristes dans le métro ». L’autre est dans la tribune de Valérie Robert : « Nombre d’enseignants-chercheurs acceptent, dans l’intérêt des étudiants et par attachement au service public, de pallier les manques en se transformant de facto en administratifs. Ils sacrifient pour cela en grande partie leur activité de recherche et ainsi leur carrière. L’université fonctionne là aussi grâce au dévouement de quelques-uns, qui est fort peu (ré)compensé ». Ce genre de témoignage, on en entend tous les jours à l’université. J’avoue être complétement incapable d’estimer le temps moyen réellement passé à ces « tâches administratives ».

Valérie Robert a identifié les causes du problème : « Cela tient à un sous-encadrement administratif qui était déjà caractéristique du système français » (lire sa tribune ici) . Ça veut dire qu’il faudrait recruter plus administratifs ? Quiconque connait la loi de Parkinson pourrait se questionner sur cette proposition. D’autres ne sont pas d’accord : « Pour moi le problème ce n’est pas qu’on manque de personnel administratif, c’est que tout le monde ne bosse pas comme il faut et joue à Tétris au lieu de traiter les dossiers. C’est aussi sans doute une culture d’établissement ». Ou, en réaction à la tribune de V. Robert : « pas complètement convaincue que le problème vient seulement d’un manque de personnels administratifs. Je pense qu’il y a aussi d’autres problèmes qui ne sont pas évoqués, comme par exemple celui d’un manque de compétence (de formation), de motivation (avancement de carrière médiocre), de professionnalisme (un état d’esprit d’accompagnement des EC qui trop souvent mis sous le tapis), d’organisation du travail et des services ou de règles administratives internes ubuesques (car pour générer des actes administratifs à tous les étages, l’université excelle). »

Que font les enseignants-chercheurs ? Ils font, entre autres, des tâches administratives, c’est entendu. Et ils s’en plaignent à longueur de temps. Mais si les EC en ont marre de faire le boulot des administratifs, ils n’ont qu’à arrêter de le faire. On verra bien si le système s’écroule ou pas. S’il s’écroule, alors ça sera peut-être mieux car on aura alors une belle occasion de reconstruire quelque chose d’un peu plus cohérent.