uk2Notre tour mondial des universités se rend cette fois ci en Grande-Bretagne, à nouveau en compagnie du Financial Times, édition du jeudi 8. L’éditorialiste « Business et société » Michael Skapinker tire la sonnette d’alarme avec un article intitulé « La Grande Bretagne risque de perdre la bataille autour des étudiants internationaux ».

Voila qui donnera du baume au coeur à tous les thuriféraires du système-que-le-monde-nous-envie, en général peu suspects d’anglomanie, et puis de toute façon, on le sait hein, tous ces classements et ces chiffres sont faux et inapplicables à la sublime exception…

Que constate Skapinker qui lui suscite tant d’inquiétude? A priori, les universités britanniques restent fort prisées des étudiants internationaux, et on a remarqué dans les suites du 11 septembre et du renforcement sécuritaire au détriment des visas étudiants un petit recul en provenance de certaines régions, dont le système britannique et d’autres institutions européennes auraient profité. D’ailleurs Skapinker ouvre son morceau avec des annonces qui n’ont rien de déshonorant. Le classement 2015 du Times Higher Education comptait cinq nouvelles universités britanniques dans son Top 200 par rapport à l’an dernier, et le Higher Education Policy Institute offrait une liste de 55 chefs d’Etat et de gouvernement mondiaux ayant fait leurs études de 3ème cycle dans les établissements britanniques. Le titre de cette étude: « C’est cela, le soft power! »

Skapinker ajoute: « Sans les étudiants étrangers, de nombreuses formations des universités britanniques ne seraient pas viables. Cela comprend certain de ceux qui ont le plus d’importance pour le succès du pays: les cours de troisième cycle en science, technologie et ingénierie. »

Le journaliste remarque que cela n’est pas le fait d’une concurrence de grands pays anglophones que sont les Etats-Unis, le Canada et l’Australie. Il note que les établissements allemands et néerlandais, avec leurs cours anglophones, sont montés en puissance dans les classements.

Pour commencer, Skapinker note que la baisse des étudiants internationaux entre 2010 et 2012 constatée par Universities UK n’est que de 1,7%: « Mais c’est une chute dans un marché d’étudiants internationaux en forte expansion et derrière ce déclin il y a quelques évolutions significatives. Il y a eu une grande augmentation dans le nombre d’étudiants chinois venant au Royaume-Uni – 56535 en 2012 contre 25654 en 2007. En contraste, le nombre d’étudiants indiens, 23985 en 2010, est tombé à 12280. »

Skapinker note que la forte proportion des étudiants indiens se compose d’étudiants en troisième cycle alors que les Chinois sont plus nombreux à faire des études de premier cycle, et 49% d’entre eux entreprennent des études commerciales. On annonce aussi une chute de 10% des étudiants internationaux en 3ème cycle de sciences, technologie, ingénierie et mathématiques et c’est au point que Universities UK estime que cela complique le maintien rentable de ces formations.

Skapinker a deux explications à ce recul brusque des étudiants indiens, qu’il assigne à la politique gouvernementale. Il y a eu un projet, abandonné depuis, d’exiger des touristes indiens une caution d’entrée (sans doute pour différencier les vrais touristes des futurs clandestins émigrant sous prétexte de vacances) et cela a été mal perçu dans le Sous-Continent. De façon plus significative, et cela s’inscrit dans une démarche plus hostile à l’immigration et qui ne fait pas que des effets à Calais, le gouvernement a restreint le droit à demeurer travailler deux ans après l’obtention du diplôme de 3ème cycle. Pas de préférence pour le Commonwealth d’ailleurs!  91% des Indiens considérant des études à l’étranger ont indiqué que cela affectait leur choix de destination. Skapinker note en revanche que malgré des préventions fortes contre l’immigration en Australie et aux Etats-Unis, les deux pays ont maintenu ces conditions d’accueil dans les filières scientifiques et technologiques: on peut rester jusqu’à quatre années de plus en Australie et 29 mois aux Etats-Unis.

Skapinker explique que le gouvernement britannique actuelle refuse de faire toute distinction entre étudiants étrangers et migrants, alors même que son électorat, lorsqu’il est interrogé, est nettement plus souple en la matière. Il conclut que ce choix est « incompréhensible ».

On remarquera à la fin de la lecture que Skapinker s’est peu étendu, peut-être faute de place, sur les enjeux en matière de recherche fondamentale. Le Royaume-Uni n’est peut-être plus une puissance « industrielle » et à la pointe de l’innovation, tout à été fait pour rendre le pays essentiellement dépendant des services, mais l’auteur parait tout de même suggérer que c’est un désavantage de long terme de se montrer moins accueillant, et donc moins attractif, dans ce secteur d’études, surtout en direction d’une population estudiantine de l’ancien Joyau de la Couronne Impériale britannique, et surtout, un grand pays émergent qui fait face à des enjeux de modernisation très important. Le ralentissement peut aussi avoir d’autres raisons, économiques, qui ne sont pas évoquées. Il est intéressant, cependant, de reconsidérer l’autre suggestion, qui est que des hordes d’étudiants en commerce chinois ne remplacent par un nombre de futurs scientifiques et ingénieurs indiens en terme de financement et d’excellence des formations britanniques dans ces domaines.