Gaïa étant une université inter-galactique, l’Astronaute est déterminé à vous emmener en ballade hors du marigot franco-français et visiter le vaste monde des universités… oui, celui qui, supposément, « envie-le-système-français »!

Le hasard fait bien les choses cette semaine pour nous offrir une destination on ne peut plus exotique, le Japon… Séquence nostalgie, quand on se rappelle la fin des années 1970 et le début des années 1980, quand ce pays passait pour l’un des plus innovants au monde. Il fabriquait les meilleures voitures et motos, l’électronique grand public, et inventait aussi bien le walkman que Goldorak…

L’édition de ce weekend du Financial Times rapporte qu’une partie des universités japonaises sont en ébullition en cette rentrée. Le ministre de l’éducation du gouvernement de Shinzo Abe aurait envoyé un ordre plutôt péremptoire aux établissements relevant de son administration. Il s’agit de 86 « universités nationales », qui ne constituent d’ailleurs pas la majeure partie de l’enseignement supérieur nippon mais passent pour plus prestigieuses. L’ordre en question? Selon le FT, et ce qu’en ont compris les établissements, ce serait « abolir leurs facultés d’arts libéraux ou les remplacer par quelque chose de plus utile socialement ». La réaction ne s’est pas fait attendre, même dans un pays à la discipline légendaire. Le gouvernement a très vite du se fendre d’un communiqué pour assurer que ce n’était pas ce qu’ils voulaient dire (ils importent vraiment les pratiques de leurs homologues français!) En réalité, le projet gouvernemental consisterait à rechercher une meilleure performance de la part des établissements, et à remplacer certains programmes de formation des enseignants qui ne sont pas jugés à la hauteur. Le FT observe que « Le secteur universitaire japonais est notoirement faible comparé aux standards internationaux, seulement deux institutions japonaises se retrouve dans le top100 mondial du classement du Times Higher Education. L’un des objectifs de M. Abe est de porter cela à 10 [universités], en partie en modulant le financement gouvernemental sur la base de la performance. »

Pourtant, les universités semblent bien avoir interprété littéralement l’ordre venu du ministère et ont émis des protestations. Le président de l’université Shiga est cité, qualifiant ces mesures d’outrageuses. Le syndicat patronal Keidanren, qui soutient par ailleurs un effort accru sur les sciences, s’est aussi exprimé pour défendre les formations aux humanités, insistant que ces instructions ne reflètent pas le choix du monde des affaires, mais « l’inverse ».

Certains établissements auraient en revanche déjà commencé, au moins, à réduire le nombre de place dans les départements concernés. Le FT  cite le cas de l’université Hirosaki, au nord du pays, qui prévoit pour l’an prochain la suppression de 80 places en humanités et 70 en sciences de l’éducation, tout en créant 90 nouvelles en sciences.

Au Pays du Soleil Levant, pourtant réputé pour un système d’enseignement très exigeant (l’article rappelle par ailleurs que ce n’est que 50% d’une classe d’âge qui entreprend des études universitaires) le débat sur l’utilité des études en humanités dans la société moderne fait donc rage avec la même acuité qu’ailleurs dans le monde. Les samouraïs des langues, de la littérature et des sciences sociales vont-ils dégainer le katana? à suivre…