Cet astronaute ne pourrait pas engager la nouvelle année de la Gaia Universitas sans facétie. C’est pour cela qu’en premier, le titre de ce billet est proposé dans une langue étrangère au français. Il parait d’autant plus judicieux de l’emprunter à la littérature allemande, comme l’on sait le sort qui va être fait à ce sujet élitiste par l’actuel gouvernement dont le souci de « démocratisation » atteint des sommets… d’autocensure et de fermeture. Et ce n’est pas faute d’avoir été encore récemment présidé par un ex-professeur germaniste (à leur décharge, il est vrai qu’on n’a pas encore institué des cours obligatoires de catalan pour complaire au nouveau titulaire du poste)

Alors, pourquoi, « À l’Ouest, rien de nouveau »? Entendons bien par là que « à l’ouest », c’est le monde universitaire, « supérieur », tertiaire français, même étendu à la formation professionnelle (question qui, parmi quelques paris de début d’année, semble devoir prendre de l’importance ne serait-ce qu’en raison du chantier ouvert sur la règlementation du travail entre autres par les rapports Combrexelle, Terra Nova et Institut Montaigne, aussi bien par les besoins que les milliers de nouveaux réfugiés vont émettre). « Rien de nouveau »? Effectivement, mais cela n’est ironiquement pas nouveau non plus! La nomination d’un(e) nouveau responsable pour l’enseignement supérieur pendant le printemps a tout aussi trainé que celle du portefeuille du travail pendant l’été, preuve est que les sujets ne passionnent pas vraiment les hautes sphères prétendument gouvernantes. Autrement plus important doit toujours être le savant dosage de tendances politiques, un gouvernement français étant, de nos jours, l’équivalent d’une poudre de perlinpinpin.

Le constat que l’enseignement supérieur n’est pas intéressant aux yeux de ce gouvernement et de son pays est revenu fréquemment dans nos discussions de Gaia. Faisons un autre pari général, donc, ça ne changera pas. Pour quelle raison objective cela changerait-il pendant l’automne, l’hiver et le printemps à venir? D’abord, peut-être, à cause d’une obsession pour les élections régionales qui seules vont intéresser les politiciens, il s’agit de leur pain et de voir qui va conserver son poste et qui va en gagner. Il faut éviter de secouer les barques, toutes les clientèles politiques et électorales doivent être soigneusement bichonnées, de façon qu’elles n’aillent pas donner leurs voix à de méchants fascistes. Bref, tout ira bien, Madame la marquise, dans le monde universitaire, les étudiants sont formidables, les fonctionnaires sont formidables, les MOOC sont formidables, et s’il n’y a pas l’électricité dans l’amphi de Fubar, ce n’est qu’une intermittence (on lui fera grace de dire que c’est formidable mais ils n’en pensent pas moins)

Deuxième raison à l’immobilisme absolu au delà de la nécessité de ne pas brusquer le petit monde, les marges d’investissement sont nulles. On nous déclare jovialement que « la reprise, elle est là » (ça va devenir un refrain comme celui de Madame la marquise, à moins qu’il pleut, il pleut, bergère, commence à sourdre à l’arrière-plan). Désormais il va y avoir un furieux nouveau trafic d’autobus à travers le territoire, comme preuve que la France se modernise grâce à l’immortelle législation du sieur Macron, on va s’écharper au Conseil Constitutionnel sur douze dimanches d’ouverture de magasins de quelques quartiers parisiens, et le Code du travail va, nous a t-on promis, rester ce qu’il est bien qu’il soit aussi décrété qu’il va être réformé. Ce pourrait être, en fin de compte, le changement en police d’imprimerie plus petite suggéré naguère par le faussaire-en-chef du gouvernement. Ce qui ne change pas ce sont toujours les contraintes budgétaires à négocier avec Bruxelles (alors même, suprême conséquence, que la France « supplie » l’Europe de s’intégrer encore plus financièrement et budgétairement). On verra les ministres français faire le voyage de Belgique, passant la « morne plaine » en route, pour demander « encore un instant, Monsieur le bourreau ». On versera les larmes de crocodile habituelles, tout en expliquant que, vous savez, on a du prendre 24000 migrants, cela coute cher… bref on va encore manquer nos objectifs, violer nos engagements, mais ce n’est pas grave, du moins pas plus grave que de porter le Front national au pouvoir.

L’enseignement supérieur français est donc parti pour une nouvelle année calme. Il n’est pas stratégique. Il n’est pas important (sauf que ses étudiants et personnels ne manifestent pas, ça c’est un peu contrariant). Il ne vaut pas qu’on s’y investisse matériellement. D’ailleurs, n’est il pas envié par le monde entier, et les classements internationaux ne sont-ils pas des escroqueries qui ne saisissent pas l’essence réelle, palpable sur le terrain, de l’inénarrable génie français?

Appel aux discutants de Gaia!
Prouvons nous, cette nouvelle année, que le communiqué « Am Westfront nichts neues », est tout aussi trompeur que les apparences d’immobilisme dénoncées ci-dessus. Je vous fais confiance, la provoc’ de l’astronaute ne laisse jamais indifférent! Aiguisez votre hache, Fubar! Fourbissez vos statistiques François! C’est le dernier quart d’heure, comme ils disaient en 1918.