StranesPour bien commencer l’année, et pour certainement pour égayer l’atonie générale de cette rentrée universitaire, la StraNES (Stratégie nationale de l’enseignement supérieur) publie son rapport final (à lire ici). Il est titré « Pour une société apprenante – propositions pour une stratégie nationale de l’enseignement supérieur ». Le rapport nous explique que « le monde est en crise », qu’il est « en pleine mutation », et que l’enseignement supérieur se doit d’accompagner ces évolutions. Pourtant, ce rapport ne me semble pas contenir de grandes ambitions de rénovation. L’existant est reconduit et il n’est pas proposé de réels changements à la structuration et au fonctionnement actuel. Bien entendu le rapport est plein de bonnes intentions : « faire réussir les étudiants », « favoriser leur insertion professionnelle », « améliorer l’orientation entre le lycée et l’enseignement supérieur », etc … mais je ne sais pas si ce rapport contient vraiment des éléments de base qui permettront d’ « inventer l’enseignement supérieur XXIe siècle ».

A mon sens, le rapport n’aborde pas suffisamment certains thèmes importants qui animent le monde de l’ESR et qui font souvent l’objet de discussion ici, comme par exemple la fragmentation de notre paysage de l’ESR en université, écoles et organisme de recherche (il semble même s’en féliciter !). Il met sous le tapis le thème de la sélection à l’université (mis à part qu’il est proposé de supprimer la sélection pour entrer en M2). Il ne va pas dans le sens de l’autonomie des universités (c’est même plutôt le contraire) et ne dit presque rien sur les structurations en cours (comme par exemple les COMUE).

Dans ce billet, on ne va pas commenter toutes les propositions. Je propose de focaliser sur le levier 2 du rapport « Écouter et soutenir les femmes et les hommes de l’enseignement supérieur ».

Temps de travail des EC : le rapport fait état de diverses facettes du métier d’enseignant du supérieur, qui « conduit à une parcellisation accrues des activités ». En plus de la comptabilisation du temps passé en présentiel devant les étudiants (les 192 h de charge d’enseignement), le rapport juge qu’il faudrait aussi compter les activités sans présence effective des étudiants, ceci pour mieux « s’adapter aux nouvelles pratiques pédagogiques ». Il met en avant le « référentiel des activités des EC », mis en place en 2009, et l’importance de « la mesure de l’activité ». EC, préparez-vous à remplir des feuilles de temps !

Promotions des EC : « les promotions doivent permettre une meilleure reconnaissance de l’investissement pédagogique; certains établissements s’engagent en ce sens, mais c’est l’ensemble des promotions qui doivent reconnaître un investissement équilibré dans la formation comme la recherche, dans la recherche comme la formation ». A mon sens, il y a là une distinction qu’il faut faire en termes « d’investissement pédagogique ». Pour les promotions, ce qui est reconnu c’est très souvent l’investissement dans l’administration des formations. Notons à ce niveau que la qualité du travail réalisé n’est pas évalué, on se contente en effet d’un listing de « responsabilités ». L’enseignement en lui-même n’est pas non plus évalué. Ainsi, je trouve qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire si on veut réellement reconnaitre l’investissement pédagogique de façon la plus juste possible.

Chercheurs et enseignants-chercheurs : le rapport dit que « la participation des chercheurs à l’enseignement est déjà une réalité et elle pourrait s’étendre à condition que, pour eux aussi, cet investissement soit véritablement reconnu ». Ainsi, « une plus grande fluidité des parcours de chercheurs et enseignants-chercheurs doit être promue, au-delà des dispositifs déjà en œuvre ». Je trouve que ce rapport est bien timoré : pourquoi ne pas aller carrément vers une fusion des statuts C et EC, avec une modulation des missions (qui pourraient être variables au cours du déroulement de carrière) selon les talents et motivations de chacun ? Pourquoi les possibilités d’évolution de carrière des EC sont-elles si peu discutées à l’université ?

Équipes pédagogiques : les EC doivent souvent remplir une multitude de tâches à coté de leur enseignement (voir plus haut). Il semble évident que chaque individu ne peut pas être forcément performant dans tous les domaines. Le rapport met en avant la notion d’équipes pédagogiques, qu’il juge probablement sous-développées. Il propose aussi que « lors de l’évaluation quinquennale précédant l’accréditation, les équipes pédagogiques doivent faire l’objet d’une évaluation, au même titre que les équipes de recherche ».

Le recrutement des enseignants : le rapport dit que « le recrutement des maîtres de conférences et des professeurs doit comporter un examen des compétences pédagogiques, comme cela est désormais prévu dans le cadre du nouveau décret relatif au statut des enseignants-chercheurs ; au-delà des règles, c’est tout un processus de recrutement et des pratiques qui doivent évoluer ». J’ai certainement loupé une étape, car je n’ai pas pris connaissance de ce nouveau décret qui impose un examen des compétences pédagogiques. Serait-ce un examen disciplinaire pour tester les connaissances du domaine ? Ou bien un examen pour évaluer les dispositions de pédagogue ? Dans tous les cas, il me paraitrait sain de reformer le fonctionnement actuel via les comités de sélection, on en a déjà parlé dans ce blog à de nombreuses reprises (lire ici, par exemple).

Former les enseignants : Selon le rapport, les enseignants doivent être formés (enseigner est un métier qui s’apprend, parait-il). Donc, « tout nouvel enseignant du supérieur – dès son parcours doctoral – doit participer à des activités de formation au métier, dans ses différentes composantes, formation comme recherche ». Allez, pour ceux qui sont passés par le CIES, témoignages ! En ce qui concerne le développement des outils numériques, il faudrait aussi que « l’ensemble des enseignants » s’y forme.