deux_vitessesDans une récente tribune publiée sur Médiapart, des présidents d’université de villes de taille moyenne se plaignent de l’évolution structurelle de notre ESR (lire ici). Ces présidents s’inquiètent des regroupements d’établissements dans les métropoles qui conduisent à l’émergence de grosses structures (de taille inhumaine, sous-entendent-ils). Surtout, ils notent que les investissements d’avenir (le PIA) sont orientés vers les métropoles, en particulier quand celles-ci mettent en œuvre des évolutions de périmètre et de gouvernance. Extraits :

  • « La mise en concurrence accrue des universités et des territoires repose sur un postulat qui survalorise les logiques métropolitaines, la proximité géographique ou encore la taille avec pour motivation essentielle l’amélioration des scores des universités françaises dans les classements internationaux ».
  • « Le récent résultat de la première vague de l’appel à projet du Programme d’Investissement d’Avenir 2 (PIA 2) dessine une organisation de l’enseignement supérieur et la recherche (ESR) qui aura de lourdes conséquences et doit inciter à la vigilance. En effet, il privilégie clairement la fusion des universités en un seul site excluant d’emblée une très grande partie des universités françaises. Il soulève, à nouveau, la question de la stratégie et des choix gouvernementaux pour l’ESR ».

Je peux comprendre leur sentiment d’injustice. Leur taille réduite les met dans l’incapacité de concurrencer les projets pharaoniques des métropoles. La situation actuelle, celle d’une extrême fragmentation, leur est bien évidemment beaucoup plus favorable. Inversement, le schéma qui se construit actuellement peut laisser craindre des universités à deux vitesses. Mais on fera aussi remarquer que l’ESR est déjà actuellement à deux vitesses du fait de sa double dualité (universités/GE et Universités/organismes de recherche).

C’est dans la période 1980-2000 qu’on a vu l’émergence des petites universités (de simples antennes, elles sont devenues autonomes). A l’époque, on avait choisi d’amener l’université aux populations. Un autre choix aurait pu être de construire des résidences universitaires dans les métropoles (amener les étudiants vers l’université). Depuis les années 2000, on est plutôt en rétropédalage, on se rend compte qu’on a été trop loin dans la dispersion des forces. D’autres observateurs (plus avisés ?) pourront faire remarquer que le développement des métropoles au détriment des campagnes et petites et moyennes villes est un phénomène mondial. Peut-être est-on là tout simplement à assister une évolution naturelle de l’histoire des Terriens ?