Barometre_educprosEducPros a publié son baromètre 2015 sur le moral des personnels de l’enseignement supérieur et de la recherche (lire ici). Les résultats sont contrastés (lire l’ensemble ici) mais dans son éditorial EducPros a choisi de mettre l’accent sur quelques aspects alarmants (manque de confiance en l’avenir, absence de reconnaissance, démotivation, …).

Parmi les éléments sondés par EducPros, il y a ceux de la restructuration en cours de notre ESR. La plupart des sondés semblent être en désaccord avec les évolutions récentes. C’est le cas pour les fusions d’universités, pour lesquelles EducPros consacre un article dédié (lire ici). D’après l’article, 80% des sondés y voient une source de stress. On note également une forte différence selon les disciplines : « Aux deux extrêmes : les arts, lettres, langues, sciences humaines et sociales sont les plus critiques, avec seulement 18% de répondants apportant leur soutien à ce mouvement entre écoles, universités et organismes de recherche ; de l’autre, les personnels des services administratifs se déclarent pour moitié en sa faveur. Les sondés qui exercent dans les sciences et technologies ou en droit-économie-gestion sont eux dans la moyenne générale, quand la santé émarge à 47% d’opinions favorables ».

On a déjà beaucoup discuté ici de ces fusions d’universités, et il semble effectivement que les « sciences souples » soient plus rétives à ces évolutions que les « sciences dures ». Faisons un petit tour d’horizon (certainement pas exhaustif).

Montpellier : les universités fusionnent, mais sans l’université Paul Valéry (lettres et sciences humaines). « la présidente de Paul Valéry (Anne fraïsse) avait vite compris que les pôles d’excellence n’avaient aucune vocation à mettre en avant les sciences humaines et sociales. Et que Paul Valéry aurait eu pour principale vocation la mise en valeur de ses voisines » (lire ici). « Nous sommes plusieurs universités en lettres et sciences humaines et sociales à ne pas avoir voulu de cette fusion car le système nous est aujourd’hui profondément défavorable. Un étudiants de SHS « vaut » 1,1 quand un étudiant de sciences et techniques vaut de 2 à 4 dans le système d’allocation des ressources du ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et à la Recherche » (lire ici).

Bordeaux : les universités fusionnent, mais sans Bordeaux 3 (maintenant Bordeaux Montaigne, arts, langues et sciences humaines) « la mise en place de ce grand établissement va se faire en fonction des investissements d’avenirs. Des projets d’excellence où les universités s’engagent évidemment à mettre des moyens, notamment humains. Or, comme 90% des projets déposés dans l’IDEX concernent les laboratoires de Bordeaux 1 et Bordeaux 2, les universités de « SHS » ne peuvent servir que de pompes à postes aux filières de sciences dures. En effet, lorsqu’il s’agira de calibrer les futurs postes d’enseignants-chercheurs par exemple, ce sera en fonction des projets d’excellence. Avec à terme bien sûr, un impact sur la carte des formations » (lire ici). Manuel Tunon de Lara, président de l’Université de Bordeaux : « Bordeaux 3 a toujours vocation à nous rejoindre mais je dois dire que, même si je regrette son absence, la fusion est déjà suffisamment compliquée comme cela pour l’instant. Comment expliquer ces problèmes de fusion avec les facultés de SHS ? Peut-être parce qu’elles ne se reconnaissent pas dans l’approche d’une université de taille mondiale. Peut-être qu’elles se sentent, à tort ou à raison, dans une situation de faiblesse et craignent que les moyens d’une grande université soient fléchés vers les sciences dures plutôt que vers les SHS qui sont déjà sous-encadrées. Pour certains enseignants il y a également une différence d’approche sur ce que devrait être l’université alors que les SHS ont été longtemps formatées pour former de futurs enseignants » (lire ici).

Rennes : le projet de fusion a explosé en vol, suite au retrait de Rennes 2 (SHS et langues). « Nous sommes pour l’arrêt définitif du processus, clame Olivier David, candidat soutenu notamment par le Snesup et le Snasub. Nous y sommes opposés depuis le début : dans le cadre légal actuel, les sciences humaines et sociales ne peuvent trouver leur place dans un grand ensemble comme celui-ci. Faire de Rennes 2 la quatrième faculté d’une grande université de Rennes [à côté du droit-éco-gestion, de la médecine et des sciences dures, ndlr], quand on voit la sous-dotation dont nous souffrons, c’était un risque évident pour nos moyens et nos postes, ajoute le professeur de géographie. Et l’argument d’atteindre une taille critique ne tient pas, personne n’est capable aujourd’hui de vous le démontrer » (lire ici).