3categorie_etudiants«  Il y a trois catégories d’étudiants : ceux qui réussiraient partout, ceux qui n’ont rien à faire à l’université et que vous pouvez garder des années sans aucun résultat jusqu’à ce qu’ils renoncent d’eux-mêmes et enfin ceux qu’il faudrait pouvoir aider et mieux orienter. Être pluridisciplinaire est un vrai atout pour cette dernière catégorie que nous pouvons réorienter dans une meilleure direction. Mais on continue à fermer les yeux sur ceux qui n’ont aucune chance ».

Manuel Tunon de Lara, président de l’université de Bordeaux. Propos recueillis par Olivier Rollot et publié sur son blog ici.

_______________________________________________

Sur ce blog, j’avais déjà esquissé quelques propositions d’évolutions du premier cycle universitaire pour tenir compte du public très hétérogène de la licence, qui bien évidemment met en péril tout travail pédagogique constructif. La proposition est constituée par trois parcours post-bac qui peuvent être interconnectés (par des passerelles) mais assez différents quant à leurs finalités. Ces trois parcours sont à la fois fonction du niveau des bacheliers et de leurs souhaits d’orientation.

Le premier parcours est celui pour les « bons » étudiants. Ce parcours est sélectif, et vise un bon niveau académique. Le public serait composé de bacheliers qui ont le potentiel pour aller moins jusqu’au bac+5 et qui ne souhaitent pas s’orienter vers les écoles (par principe, par peur de la compétition, par inadéquation avec les formations proposées par les écoles, etc …). Ces licences seraient donc composées majoritairement par les populations suivantes : les bons bacheliers qui fuient la compétition et l’ambiance des écoles, les jeunes qui veulent s’orienter vers les métiers de l’enseignement et ceux vers les métiers de la recherche. Elle pourra aussi concerner des interfaces avec le monde des entreprises sur des niches non pourvues par les écoles (donc travailler en entreprise sur un emploi de type « ingénieur », bref cadre, sans avoir le diplôme d’ingénieur). Je pense que c’est un vivier qui n’est pas si petit que ça. Si ces licences marchent bien, et si le niveau d’exigence est effectivement au rendez-vous, alors ces filières seront attractives, ça fera boule de neige. Cela correspond donc à un parcours « master direct », la licence n’est pas un objectif mais juste un diplôme intermédiaire qui ne servira jamais à rien car il n’aura aucune valeur sur le marché du travail. Parallèlement à ce parcours, il y aura les CPEG. On pourra envisager des troncs communs d’enseignement avec le parcours « master direct », dont on augmentera progressivement l’intensité.

Le deuxième parcours est correspond à des filières professionnelles. Lui aussi est un parcours sélectif (ce qui ne veut pas dire de haut niveau), pour des étudiants qui ne souhaitent pas poursuivre de longues études. L’objectif serait ici de rapprocher les différentes filières concernées au sein d’un même pôle (STS, IUT, licences pro actuelles), tout en gardant dans un premier temps les spécificités développées par les uns et les autres. Dès le démarrage on ferait toutefois une réforme majeure dans les IUT en faisant passer le parcours de deux à trois ans pour la délivrance d’une licence de technologie (adieu le DUT).

Le troisième parcours serait consacré aux « étudiants faibles ». Il serait donc non sélectif. La population des bacheliers serait typiquement celle des 50 % des étudiants qui échouent actuellement en L1 (souvent celle qui n’a pas été reçue en BTS ou IUT). Bref il s’agit d’étudiants qui n’ont pas des bases solides et qui ont eu le bac sans pour autant avoir les acquis que devrait valider le diplôme. La première année de cette formation serait essentiellement propédeutique avec pour objectif de combler les lacunes du secondaire. Les deux autres années seraient dévolues à une formation professionnelle (licence pro), cette licence serait donc un diplôme terminal pour eux. Je vois deux avantages à cette licence (1) les lacunes du secondaires sont comblées, ce qui est loin d’être négligeable (2) les étudiants « faibles » ont enfin une formation à leur mesure alors qu’actuellement ils suivent une licence qui ne leur est pas adaptée, et donc sortent du système sans rien.