argent6Revenons aujourd’hui sur cet exercice de solidarité imposé récemment aux universités (billet précédent ici). Rappelons que l’État a décidé de puiser environ 100 M€ dans les fonds de roulement de certains établissements de l’ESR afin de consolider le budget des dotations 2015 (enfin connues !). L’établissement le plus ponctionné est l’université d’Artois. A elle seule, elle contribue à hauteur de 24 M€, soit le quart de l’exercice total. C’est un chiffre astronomique pour une université, qui est de plus l’une des plus petites (environ 10 000 étudiants).

Le président de l’université d’Artois s’est voulu rassurant (il y avait 47 M€ dans les caisses du fonds de roulement) : « Ce prélèvement n’affectera en rien les capacités d‘action de l’université. Pas une heure de cours, pas une ligne de recherche, pas une prime indemnitaire ne sera touchée puisque les crédits de fonctionnement augmentent quant à eux de 950 000 €. Et les sommes restantes nous permettront de mener à bien les projets envisagés, qu’il s’agisse de l’extension de la faculté de sports à Liévin, du projet EITRE à Béthune, des projets d’aménagement des espaces extérieurs, des bibliothèques-centres de documentation des différents sites… » […] « L’avenir de l’université n’est nullement menacé ni ses conditions de fonctionnement. Elle maintiendra le cap, réalisera tous ses projets et continuera d’accueillir ses étudiants avec la même attention. Il n’y a pas lieu d’être démoralisé par cette annonce, à condition que ça s’arrête. Mais je ne dis pas que tout ça n’est pas grave car, politiquement, la mesure est désastreuse. » (source ici).

D’après ce président, il y avait beaucoup d’argent en réserve car « on nous incitait à la plus grande prudence. D’autre part, les rigidités administratives retardent la mise en œuvre de certains travaux ». Mais globalement, les propos du président de l’université d’Artois semblent plutôt conforter l’Etat dans sa démarche ponction-redistribution, étant donné que pour cette université la ponction ne modifiera en rien la bonne marche de l’établissement et ne remet pas en cause ses projets. Dans ce cadre-là, il est vrai qu’alors il ne sert pas à grand-chose d’avoir de la réserve qui dépasse largement les capacités de l’établissement à le dépenser …

Ce qui ne me parait pas clair, c’est le pourquoi de l’ampleur d’une telle réserve d’argent. Compte tenu de la petite taille de l’établissement et l’énormité de la somme en question, on se pose quand même quelques questions : est-ce que l’établissement a été sur-doté ces dernières années ? A-t-elle bénéficié de crédits exceptionnels de type donation ou subventions de la région ou d’ailleurs ? A-t-elle développé des opérations de recherche de fonds propres très juteuses ? Ou peut-être tout simplement, c’est de l’argent mis de côté, année après année, par une université particulièrement prudente et économe (c’est la raison invoquée)… ?