Lecons_americaines1) Le mystère de l’utilisation des ingénieurs français.

L’ASEE (American Society for Engineering Education) publie tous les ans une étude détaillée des formations d’ingénieurs américaines (et canadiennes). Cette étude confirme les informations plus fragmentaires obtenues antérieurement auprès d’autres organismes et amène une fois de plus à se poser des questions sur l’utilisation que fait la société française du nombre beaucoup plus élevé (relativement à sa population) d’ingénieurs quelle forme tous les ans (lire ici, puis dans 2013 ASEE Profiles cliquer sur Engineering statistics).

D’après cette étude, les départements d’ingénierie des universités américaines ont décerné en 2013 :

  • 93 400 bachelors dont 8% à des étrangers
  • 49 500 masters dont 45% à des étrangers
  • 10 800 doctorats dont 55% à des étrangers

Si on se limite aux nationaux américains, ceci donne :

  • 86 000 bachelors annuels
  • 27 200 masters annuels (32% des bachelors)
  • 4 900 doctorats annuels (6% des bachelors)

Rappelons qu’en France, pour une population 5 fois plus faible, les chiffres annuels équivalents sont d’environ 32 000 ingénieurs de niveau et grade de master dont à peu près 27 700 Français (chiffres incluant les écoles d’ingénieurs universitaires, mais pas les licences d’ingénierie mises en place par certaines universités).

Ce qui montre qu’au niveau bac + 5, nous formons autant d’ingénieurs français que les Etats-Unis d’ingénieurs américains, alors que notre industrie et notre économie sont 6 fois plus petites (ce chiffre ayant par ailleurs augmenté depuis la récente hausse du Dollar). Dans le même temps certains affirment qu’il est vital pour le développement de l’économie française que nous formions beaucoup plus d’ingénieurs …

C’est à n’y rien comprendre. D’autant plus que les ingénieurs français qui travaillent dans des sociétés ou des organismes étrangers y sont habituellement appréciés, les seules faiblesses généralement signalées étant leur mauvais niveau d’anglais (par chance, les étrangers ne constatent pas leur faible niveau de français écrit !) et un comportement initialement un peu rigide.

2) La taille des départements d’ingénierie.

Les ingénieurs américains sont formés dans les départements d’ingénierie d’universités multidisciplinaires. Ce sont ces départements qui sont les équivalents de nos Ecoles d’ingénieurs et sur lesquels doivent porter les comparaisons d’effectifs (et non entre Ecoles françaises et universités étrangères, comme le font régulièrement les politiques et les journalistes français).

Ce qui rend le mieux compte de la taille d’une formation est le nombre de diplômes qu’elle décerne annuellement. L’étude de l’ASEE porte sur 357 Universités américaines incluant des formations d’ingénieurs. Aux niveaux :

  • Bachelor : 16 décernent entre 1 000 et 2 000 diplômes par an (la plus grosse, Georgia : 1 800), 32 entre 500 et 1 000 par an
  • Master : Une université (Southern California) 1 700/an, 3 (Michigan, MIT, Stanford) de 1 000 à 1 100/an, 19 entre 500 et 1 000/an
  • Doctorat : 3 (Georgia, MIT, Stanford) un peu plus de 300/an, 7 entre 200 et 300/an

En France, les Arts et Métiers et Centrale Supélec sont autour de 1 000 diplômes d’ingénieurs de niveau et grade Master par an, l’X à 500, etc. Dans les deux pays existent un nombre importants de formations d’ingénieurs à faibles effectifs.

3) Financement de la recherche des départements d’ingénierie.

D’après l’ASEE le budget total de la recherche de ces départements est 8 455 millions de $.

Un point intéressant est l’origine du financement :

  • Etat fédéral  : 5 872 M $  (69,5%)
  • Etats et collectivités locales : 788 M$ (9,3%)
  • Industrie : 1 101 M$ (13%)
  • Divers (Etats étrangers, organismes sans but lucratif, individus) : 694 M$ (8,2%)

Contrairement à une opinion courante en France, l’essentiel (près de 80%) du financement de la recherche des départements d’ingénierie des universités américaines est public, la part de l’industrie n’étant que 13%.

Ce billet nous est proposé par François.