fioraso2Il semble maintenant acquis que G. Fioraso va quitter le gouvernement, pour raison de santé. Que gardera-t-on de son passage à la tête de l’ESR, qui aura duré 3 ans ? Faisons d’abord une petite liste des évolutions qu’elle aura accompagnées (j’espère que je ne vais rien oublier d’important).

  • Une nouvelle loi, pour remplacer la LRU (une LRU2, disent certains).
  • La suppression de l’AERES, pour la remplacer par un HCERES (l’évolution est significative, on en a déjà discuté ici, un coup dur pour les universitaires).
  • Une préférence assez marquée pour les organismes de recherche (dont le CEA, mais aussi le CNRS pour lequel elle aura fait la poche de l’ANR pour le renflouer un peu).
  • Des orientations très clairement marquée pour « l’innovation », le transfert, la « valorisation » et la recherche partenariale. C’est, à mon sens, son cheval de bataille pour lequel elle aura dépensé beaucoup d’énergie.
  • Une gestion difficile de la politique de rigueur. A ce jour, les universités n’ont toujours pas le montant de leur dotation 2015 …
  • Un sévère coup de frein aux politiques d’investissement avec un CPER 2015-2020 en très forte baisse par rapport aux plans précédents et un enlisement des plans campus.
  • Une attention marquée pour les étudiants (gratification des stages, beaucoup d’argent dans les bourses, logement étudiant, …)
  • Des cours en anglais autorisé, une volonté de développer les MOOC, une clarification des intitulés de licences et master.
  • Une gestion parfaite de sa mission principale : la priorité était de veiller à ne pas mettre étudiants, chercheurs et universitaires dans la rue. Mission remplie !
  • Aucune simplification des structures de l’ESR, même pire que bien avec les COMUE. De façon générale, on aura été sur du statu quo (ne pas fâcher ni les uns, ni les autres …).
  •  … et les COMUE : un coup de poker potentiellement génial ou bien des bombes à retardement que devra gérer son successeur. Selon certains, c’est une marche vers la régionalisaiton de la gestion et de l’organisation de l’ESR. A suivre de près!

Bref le bilan est contrasté. C’est aussi ce qu’on peut lire dans la presse. Extraits (source ici pour les 4 premiers extraits, et ici pour les deux derniers):

« J’ai beaucoup d’admiration pour ce qu’elle a fait, confie Vincent Berger, conseiller de François Hollande pour l’enseignement supérieur. Ses réformes, on en parlera encore dans dix ans, qu’il s’agisse de la transformation du paysage universitaire ou d’Ariane 6 ». (Vincent Berger, conseiller de François Hollande pour l’enseignement supérieur

« J’ai beaucoup apprécié son engagement en faveur des universités pendant cette période difficile, commente aussi. Elle a toujours su défendre nos budgets, même si je ne suis pas ravi de notre situation. J’ai apprécié la manière dont elle est allée vers les universités pour les comprendre et les soutenir ». (Alain Beretz, président de l’université de Strasbourg)

« L’un des points marquants, c’est l’absence de dialogue avec les personnels » […] « l’austérité budgétaire grandissante. Le budget 2015 des universités ne leur a toujours pas été notifié. C’est extravagant. D’une manière générale, la communication de Mme Fioraso est en complet décalage avec la réalité de terrain. » (Claudine Kahane, cosecrétaire générale du Snesup-FSU)

« Au début du quinquennat, on pouvait négocier. Mais aujourd’hui, à cause du mur de l’austérité, on ne négocie plus de rien. Le message, c’est que la lutte contre la précarité étudiante est terminée. » William Martinet, président de l’UNEF.

« J’ai une vision très négative de l’action de Geneviève Fioraso à l’Enseignement supérieur et à la Recherche. Je suis dure mais je pense que la politique qu’elle a menée n’est pas la bonne. Certes l’héritage était très lourd, avec une situation difficile dans les universités, mais elle l’a mal gérée, en poursuivant dans le sens de ses prédécesseurs et de la loi LRU, alors que ce n’était pas la promesse de campagne de François Hollande. Elle a notamment continué à renforcer le financement sur projet au détriment des crédits récurrents. Si la seule chose à mettre à son actif, c’est d’avoir réussi à ne pas provoquer de grèves étudiantes, c’est très insuffisant ! » Anne Fraïsse, présidente de Montpellier 3.

« Je trouve que Geneviève Fioraso a bien fait le job. C’était une ministre performante, qui connaissait ses dossiers. Quand elle est arrivée, elle n’était pas connue dans le milieu et on pouvait être sceptique, mais j’ai justement été agréablement supris. Elle était en outre à l’écoute de la communauté, c’est un vrai regret de la voir partir. Elle a réussi à faire évoluer la loi LRU sans casser l’autonomie des universités. Alors qu’il y avait un débat à l’arrivée de la gauche au pouvoir. Cela a permis d’éviter un retour en arrière qui aurait été très dommageable. Elle a également fait confiance aux acteurs de terrain qui ont les compétences pour piloter les établissements. Sur la question du budget, je crois que cela dépasse la secrétaire d’État. Elle a défendu autant qu’elle a pu l’enseignement supérieur et la recherche mais le contexte est difficile pour tous les services publics. Le fait d’être un secrétariat d’État dans un grand ministère de l’Éducation nationale a pu rendre la tâche plus difficile. Quoi qu’il en soit, tout le monde a besoin de plus de moyens et c’est aussi aux universités de trouver des ressources supplémentaires ailleurs. » Bruno Sire, Président de l’université Toulouse 1 Capitole.