smallbeautifulD’après Jean Tirole, notre récent Nobel d’économie, il faut « revenir à des établissements pluridisciplinaires de petites taille. La norme internationale se situe à 10-15.000 étudiants, pas plus. En France, les universités sont bien au-delà de ces chiffres, ce n’est pas sérieux » (source ici). On est obligé de constater que l’évolution en cours ne va pas du tout dans ce sens car on est plutôt dans une tendance de fusionner des établissements pour faire des structures de taille bien plus imposante que celle préconisée par Monsieur Tirole.

Il y a actuellement environ 1.5 millions d’étudiants dans les universités. Pour avoir 10-15.000 étudiants dans chaque université, il faudrait entre 100 et 150 universités. Actuellement, on en compte en 74. Plutôt que de fusionner, il faudrait alorsen fragmenter pour arriver au chiffre de 10-15.000 étudiants.

Mais le problème le plus majeur ne concerne peut-être pas vraiment la taille, mais le caractère pluridisciplinaire. Aujourd’hui, à cause de la grande fragmentation post-68, nos universités ne sont souvent pas vraiment des universités (dans le vrai sens du terme) mais plutôt des instituts (de droit, de science, de SHS). Le caractère pluridisciplinaire est assez relatif. Si on voulait vraiment créer des universités de petite taille et pluridisciplinaires, il faudrait alors recomposer de façon drastique. Cela nécessiterait en effet de fragmenter nos actuelles universités pour en distribuer des petits morceaux à gauche à droite pour faire de nouveaux établissements petits et pluridisciplinaires. Tout cela ne me semble pas réaliste.

Comment faire alors pour trouver la bonne recette avec les ingrédients que sont la taille raisonnable et la pluridisciplinarité (et en prenant en compte l’héritage du passé, c’est-à-dire l’état des lieux actuel) ? Pour ma part, voici « ma » solution. Il faut créer de grandes universités attachées aux grandes métropoles (plusieurs pour Paris). Il faut donc poursuivre le processus en cours de regroupements. En même temps, il faut profondément réformer le principe de fonctionnement interne des universités, en décentralisant un grand nombre d’affaires internes aux composantes (écoles, Instituts, UFR, et autres). Ces composantes auraient une taille « humaine », disons entre 3 et 10.000 étudiants. Le niveau supérieur aurait alors une vision très macroscopique et pourrait se focaliser sur les grands dossiers, les relations extérieures et autre lobbying. Au niveau des composantes, on traiterait les « affaires du quotidien » (recrutements, carrières, formations, recherche, administration, …). Cela nécessiterait bien entendu une sorte de petite révolution copernicienne, et ce n’est pas gagné d’avance tant les universitaires aiment le pouvoir centralisé (et lointain) et l’administration aux multiples étages. Je ne sais pas si la loi actuelle permettrait ce glissement ou bien s’il faudrait tout réécrire …