elsevier2172 millions. C’est, à l’issue de 2 ans de travail*, lancé début 2013, le coût global des 5 prochaines années de contrat d’accès, pour 470 établissements d’enseignement supérieur et de recherche, à la Freedom Collection d’Elsevier, c’est à dire une partie de ce que nous pouvons consulter sur la plateforme Science Direct. 172 millions ne paient pas, notamment, les abonnements aux contenus des filiales du groupe, comme les revues médicales francophones diffusées par Masson ou juridiques de Jurisclasseur Lexis Nexis, ni la base bibliographique Scopus.

Des coûts en pleine lumière

La négociation d’une licence nationale met en lumière des coûts masqués par 15 années d’atomisation entre établissements, et par des clés de calculs hermétiques fondées sur le « maintien du chiffre d’affaire de l’éditeur sur la base des abonnements papier en 2000», assorties de d’intérêts composés annuels de l’ordre de 3 à 5 % et d’un taux multiplicateur pour l’accès à une masse non choisie de revues en ligne. Un mélange de vente forcée, d’achat groupé et de dettes d’honneur qui amenait un même chercheur à être desservi par un abonnement souscrit par le CNRS, un autre par son université voire aussi par d’autres organismes dans les UMR les plus mixtes…

La licence nationale met fin à une situation où aucun joueur ne savait ce que payait les autres, et où l’éditeur avait beau jeu de diviser pour régner.

Qu’avons-nous pour 172 millions sur 5 ans ?

Qu’a acheté la France pour 33 à 35 millions par an jusqu’en 2018 ?

  • les droits d’accès à environ 1890 revues de la Freedom Collection sur la plateforme Science Direct jusqu’en 2018,
  • la pleine propriété pour une durée complète et indéfinie des documents diffusés de la Freedom collection et la possibilité de rapatrier ces sources sur une plate-forme nationale,
  • la possibilité sur cette plateforme nationale de faire du Text and Data mining, en développant à nos frais nos propres algorithmes et des possibilités limitées aux développements proposés par Elsevier sur la plateforme de l’éditeur
  • une clause limitant les effets pervers du modèle « auteur/payeur »
  • les titres phares de l’éditeur de type Lancet ou Cell (liste ici) ne font pas partie de la Freedom Collection et font l’objet d’une souscription distincte encore peu claire vu de mon petit vaisseau-bibliothèque.

Et après 2018 ?

Les chercheurs ont 3 ans pour réfléchir à leurs pratiques documentaires. Il serait très intéressant, pendant cette période, de faire de la recherche sur les pratiques réelles des chercheurs, et les parts respectives du recours aux abonnements institutionnels, aux papiers déposés dans des archives institutionnelles et des logiques de réseaux, allant des réseaux sociaux de chercheurs aux échanges informels de tirés à part par mail.

Les bibliothécaires et les coordinateurs de la licence nationale, de leur côté, devraient travailler sur des statistiques nationales pour identifier la part réellement utilisée des achats en gros et lancer les négociations de 2017 sur une logique de demande de services qualitatifs dictés par le consommateur plutôt que d’offre monopolistique de contenus dictée par l’éditeur.

Chez nos voisins néerlandais, les négociations de la licence consortiale 2015 avec Elsevier sont d’ores et déjà bloquées. Les chercheurs bataves, leur ministère et les universités, très sensibles à la question de l’inflation des coûts d’accès à l’IST, sont prêts à accepter les conséquences, en termes de fermeture des accès à la source Elsevier, d’un vrai rapport de forces. Qu’en sera-t-il en France dans 3 ans ?

Allez, la prochaine fois, si le sujet vous intéresse, un focus sur le modèle auteur payeur et le lien évaluation et publications, à l’occasion du récent rapport de l’académie des sciences sur le sujet.

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* Dépêche AEF, sur abonnement, AEF Dépêche n°490393, Négociation Couperin-Elsevier : « Nous sommes arrivés à un modèle plus équitable de contribution » (J.-P. Finance), 19/11/2015

Ce billet nous est proposé par Ufolib, une terrienne bibliothécaire parfois extraterrestre.