thatcherDepuis son arrivée au ministère, G. Fioraso nous répète que les chercheurs français ne récupèrent pas assez d’argent dans les programmes européens. Etant donné que les crédits de la recherche sont en stagnation, elle voit en l’Europe une marge importante de progression de financement pour la recherche française. Résumons d’abord l’ampleur du problème:

« La France a contribué à hauteur de 16,6 % au budget du 7ème PCRDT (programme-cadre pour la recherche et le développement technologique, ce qui représente en moyenne 6,4 milliards d’euros par an. En retour, elle n’en a capté que 11,3 % des financements. De plus, ses résultats se dégradent de manière continue depuis 15 ans ». En moyenne la France a capté sur le PCRDT 723 millions d’euros par an. Pour chaque euro versé par la France au budget du PCRDT, moins de 0,7 euro retourne aux équipes françaises. Sur la période, la France a ainsi « perdu » 344 millions d’euros par an ».

« À l’analyse, il apparaît que le taux de succès moyen des projets français est tout à fait correct : avec 23,6 %, c’est le troisième après ceux de l’Allemagne et du Royaume-Uni. C’est la participation qui est faible : la demande française représente 8 % de la demande totale ». Source des phrases en italique, ici (rapport du sénat, octobre 2014)

Ces chiffres, G. Fioraso les a répété à de multiples reprises dans ses discours. Et elle n’a pas ménagé sa peine pour tenter d’infléchir ces mauvaises statistiques. Ainsi, dès son arrivée, elle nous martèle son « retour de l’Etat stratège ». Cela prend forme avec une stratégie nationale de la recherche (incluant une dizaine de défis sociétaux), très largement inspirée de celle du programme Européen H2020. Lire ici, par exemple. Cette Stratégie nationale est par ailleurs surnommée « France Europe 2020 ».

Ensuite, la programmation de l’ANR est sérieusement révisée, avec un programme directement en lien avec sa stratégie nationale de la recherche. « L’ANR a mis ainsi en cohérence une grande partie de son Plan d’action 2014 avec le programme de financement de la Commission européenne, et plus largement avec l’agenda stratégique européen » (Lire ici, site de l’ANR). L’ANR, qui avait jusqu’à présent une relative indépendance quant à sa programmation, voit maintenant celle-ci être largement dictée par le ministère. Le but est ici clairement à ce que ces projets ANR constituent une sorte de tour préliminaire, un entrainement avant le grand saut européen.

Elle met aussi en place un réseau de PCN (points de contact nationaux), qui rassemble des experts du programme H2020 de l’Europe. « Ambassadeurs d’Horizon 2020 en France, les P.C.N. agissent en faveur de l’amélioration de la participation française au programme européen. Consortia d’acteurs, ils sont chargés d’apporter une réponse auprès des porteurs de projets pour chacune de ces missions. 20 consortia sont animés respectivement par un coordinateur national et réunissent 120 membres au total (des représentants du milieu académique, mais aussi du secteur économique) ». Lire ici, site du ministère.

Et enfin, il se murmure dans nos universités que la dotation annuelle des universités pourrait aussi contenir à l’avenir une variable concernant ces projets européens. En effet, le modèle de distribution des sous (le fameux modèle SYMPA) est obsolète étant donné que la notation de l’AERES a disparu (ces notes de l’AERES étaient prises en compte dans les critères de performances et d’activité). Pour remplacer ces notes, il parait que les projets européens seront pris en compte dans les critères de performances et d’activité. On comptera le nombre de projets déposés (afin de pousser les universités à augmenter leur participation au concours H2020) et le nombre de projets lauréats (car on ne prête qu’aux riches, c’est bien connu). On devrait en savoir plus prochainement sur ce nouveau modèle d’allocation des moyens, car pour l’instant il semble que ce que je raconte ne se trouve pas sur la place publique …