picsouRécemment, il y a eu beaucoup de discussions sur la toile à propos du faible taux de succès des projets déposés à l’ANR. Ce taux de succès tombe en effet à 8,7 %. On a tout à fait raison de s’offusquer de ce taux scandaleusement faible. Je trouve que c’est intolérable de faire courir tant de chercheurs pour des financements qui deviennent aussi incertains. Cela me conduit à faire quelques remarques et recommandations sur le sujet :

  1. Il me semble que ces dernières années, on a un peu trop exagéré le volume de financement consacré aux appels à projets (donc au détriment du financement « récurrent », la fameuse « dotation de base » qui arrive dans les caisses des labos au 1er janvier de chaque année). Au final, on retrouve des chercheurs statutaires qui ne peuvent plus travailler car ils n’ont plus les moyens de le faire, ceci dans le cas où ces derniers n’auraient aucun financement sur projet. Si on paye des salaires de chercheurs pour travailler, cela me parait un peu débile de ne pas leur donner les moyens de travailler. En toute logique, le modèle français de chercheur statutaire « à vie » ne semble pas être bien compatible avec le modèle de financement de la recherche sur projet. Je propose donc repositionner le curseur argent sur projet/argent récurrent.
  2. On a beaucoup entendu de voix militer pour ce repositionnement se fasse au bénéfice du CNRS. Moi je dis non non non, je ne vois pas pourquoi il en serait ainsi. Il faut que ce soit au bénéfice des universités afin de leur donner enfin les moyens de développer leur politique de recherche et de soutien financier aux projets des équipes.
  3. La recherche sur projets conduit à des situations ubuesques dans les labos, avec des équipes croulants sous l’argent qui coule à flot (le succès appelle le succès, etc … car rappelons que l’ANR est très loin d’être la seule source de financement sur projet), au côté d’équipes qui doivent se serrer la ceinture. On comprendra facilement que ces situations ne sont pas saines dans un laboratoire. A l’avenir, je propose que sur chaque projet de recherche (ANR et tous les autres), il y ait une ponction de 20 % en direction du laboratoire qui héberge le projet de recherche. L’utilisation de cet argent sera indifférenciée, c’est-à-dire que le laboratoire n’aura pas à justifier ses choix de ventilation de ce budget. Il pourra l’utiliser pour les frais de fonctionnement courants ou pour soutenir des travaux d’équipes qui sont financièrement dans un creux de vague.
  4. L’ANR poursuit une démarche élitiste et anti-saupoudrage. Je peux comprendre que saupoudrer à l’extrême c’est un peu comme arroser le sable mais dans les périodes difficiles, je pense qu’il faudrait revoir le mode de ventilation des crédits sur projet. En imaginant que les crédits restent à volume constant l’année prochaine, je propose que l’ANR décide d’augmenter le taux de succès (par exemple le doubler ou le tripler). Ça veut dire que les projets retenus seraient à un niveau de financement moindre. Ça pourrait aussi permettre de vraiment aller sur les priorités dans un projet donné et arrêter des gâchis flagrants qu’on peut observer dans tous les labos actuellement. Par exemple, si on augmentait le taux de succès à 20 %, cela me paraitrait pas mal. Etant donné qu’un projet ANR tourne pendant 3-4 ans cela voudrait dire que largement plus de la moitié des équipes seraient impliquées dans un projet ANR (n’oublions pas non plus qu’un projet est souvent multi équipes).
  5. Dans les discussions récentes autour des problèmes de financement des projets de recherche, certains ont milité pour une réorientation de 10% du CIR (Crédit Impôt Recherche) vers la recherche publique. Je soutiens cette idée car franchement j’ai l’impression qu’il y a une utilisation douteuse de ce CIR (on en a discuté ici, sans vouloir généraliser, bien entendu). La moitié (donc 5 %, soit environ 300 millions d’euros) pourrait aller dans le soutien de base des laboratoires et l’autre moitié irait à l’ANR, sur les programmes « blancs », afin d’aider à réaliser l’objectif 4 sans trop de douleur.