Je crois qu’il est temps de plier bagage. Ça fait maintenant 5 ans que je suis ici sur Terre à observer l’étrange comportement des universitaires terriens. Ça fait 5 ans que je tente de comprendre et 5 ans que je ne comprends rien. A un moment donné, il faut se faire une raison : l’ESR d’ici, c’est vraiment n’importe quoi, une sorte de bouillie incompréhensible. Mais avant de mettre fin à ma mission, je dois terminer mon rapport annuel à l’OGU (observatoire galactique des universités). Au boulot !

Par quoi commencer ? Par les thèmes récurrents de ce blog, comme celui du rapprochement entre universités et grandes écoles ? De l’évolution de notre enseignement supérieur vers un système à deux vitesses ? Du crédit d’impôt recherche ? D’une réforme du recrutement de l’enseignant-chercheur ? Des superpouvoirs exorbitants des présidents d’université ? est-ce la fin de l’agrégation du supérieur ? De la nouvelle vague des bidulex (IDEX) ? D’un continuum maternelle-université ? des préoccupations des suisses ou des asiatiques ? Faut-il choisir la science ou le business ? Rouler en Fiat Punto ou en Peugeot 508 ? Non, tout cela est d’un pauvre intérêt.

pleureusesParlons plutôt des pleureuses de l’ESR. Qui sont-elles ? C’est en fait un joli ensemble collectif auquel se joint l’ensemble de l’ESR, universités et grandes écoles unies pour une même cause. Ce ne sont pas des petites larmes mais des torrents de lamentations, parfois même d’invocations belliqueuses. C’est de toute façon la faute du gouvernement et de G. Fioraso. Parfois on trouve d’autres boucs émissaires. Pisa ? c’est la faute à Bourbaki !

Heureusement, tout n’est pas noir. Par exemple, l’X (la poule au œufs d’or)  a un nouveau logo ! sous le logo, il est écrit « université Paris-Saclay » … le monde change ! Par ailleurs, nos universités sont maintenant bien engagée sur la route de l’excellence. Cette année, G. Fioraso aurait bien bossé. Elle a revalorisé les bourses étudiantes, augmenté les capacités d’accueil dans les résidences étudiantes, elle a simplifié l’offre de formation dans les universités par un cadrage national (au diable l’autonomie des établissements !). Elle a aussi augmenté le montant des gratifications des stages des étudiants, y compris dans nos laboratoires de recherche. Je me demande bien comment on va faire étant donné que nos crédits de fonctionnement courants sont en baisse … Enfin, elle aura bien affiché qu’elle est contre la sélection à l’entrée du master, et d’ailleurs plus généralement contre la sélection à l’université et contre une augmentation des frais d’inscription (certains voudraient les augmenter …). Avec G. Fioraso, les étudiants ont bien soignés. Moi ce que je ne comprends pas bien, c’est pourquoi les étudiants veulent faire des études. Car de toute façon, diplômes ou pas, du boulot pour eux, y’en a pas. L’obsession diplômante de nos sociétés est troublante …

moocPlaidoyer pour les MOOC. Soyons moderne, le truc à la mode, ce sont les MOOC. Moi je suis à fond pour les MOOC, je n’y vois que des avantages, c’est pourquoi j’ai écrit un plaidoyer pour les MOOC, qui a eu beaucoup de succès. Avec les MOOC, c’est une époque formidable qui s’ouvre à nous. Mais certains devront choisir: MOOC ou SPOC ?

quoi-de-9-docteur2Quoi d’neuf, docteur ? Cette année, on a consacré beaucoup de billets au doctorat. On a d’abord été accompagner un nouveau doctorant, Monsieur Kafka, s’inscrire à l’université. C’était compliqué, on n’a rien compris mais c’est ça l’université et son administration. On a ensuite discuté de la durée des thèses, souvent bien trop longue. Alors on a décidé de raccourcir tout ça et d’imposer une thèse en 180 secondes. C’est bien assez. Bien entendu on s’est lamenté de la faible reconnaissance du doctorat par les entreprises, de l’insertion des docteurs dans les entreprises, du recrutement des doctorants. On a même été jusqu’à proposer une réforme du jury de thèse (retoquée, il semble …). Enfin, on a reposé la question fondamentale: la thèse est-elle un vrai travail ?

Sur Gaïa, on discute souvent de nos petites affaires de statuts, de structuration ou de primes. Par exemple, au sujet de la structuration, on aura porté une attention à l’Université de Lille, qui décidément n’avance pas alors qu’ailleurs ça bouge dans le bon sens. L’université de Lille est en panne sèche, c’est surement une affaire trop sérieuse pour être confiée aux universitaires. Nos universités resteront incomplètes … quelle tristesse ! Au sujet des primes, G. Fioraso a rénové le système. La PES s’appelle désormais la PEDR, ce qui représente une novation importante. Moi, pour fêter cela, j’ai déposé mon dossier de PEDR. Au sujet de nos statuts, on a discuté de la différenciation des services (mais pas chez nous, chez les autres). On aura eu une petite pensée pour notre collègue qui est revenue de congés de maternité. On a aussi mis en place la formule magique. Avec elle, plus besoin de passer du temps à l’évaluation des dossiers pour les primes, promotions et autres recrutement. En moulinant cette formule, on arrive à un chiffre qui permet directement de hiérarchiser les choses. Pourquoi se compliquer la vie ? Coté recherche, ce n’est pas toujours la joie. Les crédits de l’ANR sont en baisse et il y a beaucoup moins de postes au concours, à la fois dans les universités et organismes de recherche. D’ailleurs, à propos de l’ANR, elle a eu l’idée saugrenue de copier des appels à projets élitistes du type ERC.  Coté édition scientifique, et comme chaque année, on a discuté des menaces de résiliation d’abonnements et de boycott de maisons d’édition. Et comme chaque année, rien ne change là aussi.

cpge3La polémique de l’année, c’est sans hésitation le salaire des profs de prépa. Figurez-vous que V. Peillon, alors ministre de l’éducation nationale a voulu réviser un décret de 1950, avec pour conséquence une baisse de la majoration de salaire des prof de CPGE ! dingue ! on s’attaque à la république s’en prenant aux meilleurs d’entre nous ! Ah le salaire des autres … les trois billets (ici, ici et ) qu’on y a consacré ont provoqué des échanges endiablés ! Bien entendu les profs de CPGE ont gagné, ce n’est pas demain la veille qu’on changera quoi que se soit en ce pays.

non4Le passé serait sans conteste un meilleur futur. Cette année, on a pu constater que le nonisme universitaire n’était pas mort. Parfois il se réveille, toujours très en retard sur l’actualité mais il montre qu’on peut compter sur lui pour égayer la toile. On a eu aussi le plaisir de recevoir la visite de noNette. Ce fut pour moi un réel plaisir et je lui décerne sans hésitation le prix de la meilleure formule de l’année : le passé serait sans conteste un meilleur futur. Je trouve que ça frise le génie. Un grand merci ! Il faut dire qu’on en est tous convaincus : c’était mieux avant (par exemple à Marseille). Et aussi : l’université n’est pas une entreprise, le savoir n’est pas une marchandise !

vernant4Le groupe J. P. Vernant est, quant à lui, apparu en avril dernier. Il a lancé avec succès une pétition anti-ComUE, fait du lobbying anti-Fioraso, mis la toile en ébullition. Tout cela sans succès car au final, les ComUE semblent être un pari gagnant pour G. Fioraso. Le groupe Vernant a aussi déclaré la guerre des groupes. Sans relâche, il traque les membres du groupe M. Bloch. Le groupe Vernant a aussi fait une enquête sur moi, et m’a démasqué en tant que chargé de mission du consortium CPU-AMUE. Il a même tenté de forcer la sécurité informatique de mon blog. Calomnies, intimidations, traque et fichage de ses « opposants », telles sont les méthodes du groupe Vernant.

Bref, encore une fois, cette année on aura bien rigolé !

Sur un blog voisin, j’ai lu récemment que parfois les discussions d’un blog deviennent l’intérêt principal du blog. Gaïa Universitas était cité en exemple (lire ici). C’est vrai que je suis très fière d’avoir rassemblé ici la fine fleur des commentateurs de l’ESR. Mais quand même, c’est un peu vexant d’apprendre que tout le monde s’en fout de mes billets et qu’on vient sur Gaïa uniquement pour suivre les discussions …

Ayant maintenant la preuve que ma mission sur Terre est un gros bide, il est plus que temps de rentrer chez moi, sur ma planète. D’autres missions intergalactiques m’attendent … on vient de m’apprendre que la princesse Leila (de la planète centrale des Atréïdes) a été enlevée par le démoniaque Zroc, le despote parmi les despotes des palcanoïdes. J’arrive !!

vaisseau_interstellaire