monster_universitySouvent je me demande ce qu’est, ou devrait être, une université. Alors je demande à la bible (Wikipédia) : « Une université est un établissement qui fédère en son sein la production (recherche), la conservation (publications et bibliothèques) et la transmission (études supérieures) de différents domaines de la connaissance. Elle se distingue en cela des écoles et des grandes écoles, qui sont centrées sur la seule transmission d’un domaine bien défini de la connaissance». Force est de constater que nos universités ne remplissent pas bien la définition. A cause des scissions de 1968 (loi Faure), nos universités sont souvent des regroupements de deux ou trois grosses facultés. Elles sont donc rarement des universités complètes (mises à part celles des récentes fusions comme à Marseille ou Strasbourg). Je ne sais pas si les ComUE (communautés d’universités et d’établissements), qui sont tant discutées actuellement, sont la réponse adaptée. En province, ces communautés rassemblent l’ensemble des acteurs, on peut donc penser que le spectre disciplinaire sera très large. Ces ComUE seront régionales alors qu’à mon sens, on devrait plutôt tendre vers des structures à l’échelle d’une métropole (par ailleurs on ne sait pas trop ce que seront les régions demain…). En région parisienne, ça semble plus compliqué. Il ne me parait pas très évident que les ComUE en gestation aillent dans le sens de la création de plusieurs universités complètes (omni disciplinaires). Ça m’aurait semblé plus logique. Ou alors le but est de regrouper les choses qui se ressemblent afin de faire des économies d’échelle, pour éviter les doublons, dans le cadre d’un vaste plan de réduction des dépenses publiques ?

Il semble qu’il est difficile de reconstruire ces universités complètes. Cela provoque toujours des petites crises, pilotées par les multiples mouvements conservateurs anti-réformistes. Souvent, on ne peut que le constater, les freins viennent surtout des « sciences molles ». C’est par exemple le cas à Bordeaux, où la « Nouvelle Université de Bordeaux » ne sera finalement pas une vraie université complète. Bordeaux-III (lettres et sciences humaines et sociales – bref qui ressemble davantage à deux facultés) a refusé de faire partie de l’université de Bordeaux. Elle avait peur de « perdre son autonomie ». « Dans les fusions, ces disciplines ont peut-être quelques raisons de craindre de ne pas être valorisé et préservé par rapport aux sciences qui tiennent le haut du pavé, surtout dans un contexte de moyens limités » (source ici). C’est vrai que d’agiter les peurs, c’est toujours très efficace. Le passé reste sans conteste un meilleur futur.

Mais il est vrai aussi que la construction d’universités complètes conduit à des structures de tailles souvent très imposantes. On se demande alors comment des trucs aussi gros vont pouvoir être gérés et fonctionner avec le modèle de fonctionnement actuel (qui est très centralisé, avec des procédures administratives lourdes). Le moindre processus de décision, y compris mineur, doit passer devant des multiples conseils et commissions, rendant le système peu efficace. Ce n’est pas très étonnant que les grandes écoles freinent des quatre fers pour intégrer les universités. Par exemple, l’IEP de Bordeaux et l’Institut polytechnique n’ont finalement pas intégré la nouvelle université de Bordeaux : « Nous ne voulions pas être noyés dans un grand machin avec des strates organisationnelles très pyramidales » (source ici).

A mon avis, pour que ces gros ensembles fonctionnent, il faudrait qu’ils adoptent un modèle de fonctionnent fortement décentralisé. A la tête de l’université ne seraient examinés que les gros dossiers. Les dossiers plus mineurs seraient alors délégués aux composantes de l’université (grandes écoles, facultés, …), y compris la gestion des ressources humaines (recrutement, primes, promotions) ou de gestion financière (gestion des contrats, ventilation des crédits internes à la composante, mise en place ou suppression de formation …). Je pense que ça serait la seule façon d’envisager des universités complètes, de taille importante. Peut-être que les ComUE seront la structuration transitoire vers ces grands ensembles ?