selectionParmi les curiosités de notre enseignement supérieur, celle de l’accès en master est particulièrement intéressante. En effet, les universités n’ont pas le droit de sélectionner en année 1 du master alors qu’elles le peuvent en année 2. On sera certainement étonné que la sélection s’opère en milieu de cycle et non pas à son accès. Il s’agit très certainement de la survivance de pratiques ancestrales du temps où les masters étaient constitués de deux années diplômantes (maitrise et DEA).

Ces derniers jours, c’est Benoit Hamon qui a rouvert le dossier. Le 10 juin dernier, il déclare devant l’Assemblée Nationale «  qu’il entendait réformer la sélection en master » (source Le Monde, ici). D’après le journal Le Monde, « l’idée est simple : avancer d’un an le tri des étudiants. Celui-ci se ferait donc en M1, à l’entrée du master, et non plus entre le M1 et le M2, comme aujourd’hui. Une spécificité française jugée « baroque » […] cela « n’a pas de sens » puisqu’on exclut ainsi des dizaines de « collés-reçus » qui ont entamé une formation sans pouvoir la terminer ». Sur Educpros, on peut lire : « Benoît Hamon affiche alors fortement son opposition à la sélection à l’entrée du M2. Une « survivance » qu’il faut « absolument faire évoluer », estime-t-il. « Il est inadmissible que nous ayons une sélection en milieu de cycle » (source ici).

C’est aussi l’avis de Terra Nova : « Il faut que ce soit un cursus intégré et que la sélection se fasse à l’entrée de la première année du Master et non plus en deuxième année» […] Trop d’étudiants se voient fermer les portes du Master 2 pour cause de sélection tardive, c’est le cas notamment en psychologie » (source ici).

Au contraire, les associations étudiantes militent pour la suppression de la sélection en master 2. D’après la FAGE «  La sélection entre la première et la seconde année de master est aujourd’hui un non- sens absolu, plaçant de nombreux étudiants dans la situation ubuesque et extrêmement préjudiciablede ne pouvoir valider le diplôme qu’ils avaient initialement choisi. L’existence de cette sélection rend impossible, en master, une organisation progressive et cohérente des enseignements et tend de plus en à transformer les premières années de master en années propédeutiques, visant uniquement à pouvoir accéder à un Master 2 souvent plus spécialisé et professionalisant. Cette sélection doit prendre fin au plus vite,afin de mettre en cohérence l’organisation même des cursus master avec la logique Licence-Master-Doctorat découlant du processus de Bologne » (source ici).

L’UNEF est, comme à son habitude, opposé à toute forme de sélection : « C’est complètement en contradiction avec l’objectif d’augmenter la qualification des étudiants, explique William Martinet, l’actuel président de l’UNEF. Si l’on fait cela, alors la sélection sociale sera encore plus forte. On va se retrouver avec des cohortes d’étudiants qui voudront continuer leurs études mais ne le pourront pas. Or toutes les études le prouvent : plus l’on est diplômé, plus on a de chance de trouver un emploi » (source ici).

Les arguments des étudiants ont certainement été convaincants car le ministère a tranché en leur faveur (comme ça devient une habitude ces deniers temps). Communiqué de presse du ministère, 25 juin 20014 : « Benoît Hamon, ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, et Geneviève Fioraso, secrétaire d’État chargée de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, tiennent à réaffirmer leur refus de toute sélection à l’entrée en master et leur attachement à la démocratisation de l’enseignement supérieur. Tous les étudiants ont le droit de poursuivre leurs études en master. […] Même si le taux de passage entre M1 et M2 a fortement progressé au cours des dix dernières années, il n’est pas admissible que ce taux reste trop faible dans certaines filières bien identifiées » (communiqué à lire ici).