canstock14871814La sphère noniste est en ébullition. Certains pensent même que les ingrédients sont là pour réitérer la fabuleuse épopée du mouvement de 2009. Aujourd’hui, les motifs de mécontentement se focalisent surtout sur les ComUE, ces communautés d’universités et d’établissements, qui seraient chargées de faire une coordination territoriale des établissements (et d’être l’interlocuteur exclusif auprès du ministère). Il s’agit d’un élément central de la loi « Fioraso ». Les acteurs de l’enseignement supérieur avaient un an pour appliquer la loi et ils doivent rendre leur copie « ComUE » avant l’échéance du 22 juillet 2014. Bref, on est en ce moment en plein dans la finalisation des statuts et des périmètres de ces ComUE. Ces statuts doivent être votés par chacun des futurs membres dans leurs CA respectifs, et en conséquence les tensions sont vives dans notre univers fragmenté de villages de gaulois.

Je ne suis personnellement pas très convaincue par les ComUE. Je trouve que ça fait un peu « poupée russes », car ces ComUE sont des EPCSCP emballés dans des EPCSCP (EPCSCP = Établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel). Ce sont donc des établissements à part entière dont les membres sont eux même des établissements à part entière. Bref je n’arrive pas bien à comprendre comment ça va fonctionner. Bien entendu, il faut certainement attendre les statuts pour y voir plus clair, car les « compétences » (quel mot horrible !) ou champ d’actions de chacun seront probablement précisés. En attendant, je ne vais certainement pas militer pour la mise en place de ces ComUE. Pour ma part, j’aurais plutôt vu une pression continue pour poursuivre la construction de vraies universités dans les grandes métropoles. Au mieux, ces ComUE seront le processus facilitateur, une sorte d’étape intermédiaire et accélératrice un peu forcée. Au pire, cela mettra un étage de plus dans la complexité abyssale de notre système ESR (que personne ne nous envie et que personne ne copie, précisons-le). On n’est plus à ça près.

Mais revenons au mouvement qui tente de s’organiser actuellement. La première pétition, initiée par le « groupe Jean-Pierre Vernant », avait été un gros succès, réunissant plus de 10 000 signatures (lire notre billet sur la « pétition anti-Fioraso »). Lors du remaniement ministériel, il y a eu aussi une injonction à chasser les sorcières, du genre de celles des membres du groupe « Marc Bloch » qui pourraient encore trainer dans les couloirs du ministère, ces horribles néolibéraux aux dérives liberticides, transis de fièvre managériale, qui veulent transformer nos université sur le modèle des entreprises privées. (lire notre billet « la guerre des groupes« ).

Ces derniers jours, les militants pour la « voie confédérale » se font entendre. Ils militent contre les ComUE et pour une structure de type association sans « tête de file », bref une structure légère dénuée de tout pouvoir. C’est en effet la meilleure solution pour ne rien changer, car le passé serait sans conteste un meilleur futur. Il est cocasse de constater qu’ils mettent en avant l’autonomie des universités (libertés et responsabilités), autonomie qu’ils avaient combattue au printemps 2009. Les militants de ces associations ont créé « RESAU », un réseau de collectifs et d’intersyndicales organisé de manière confédérale (lire ici). Ils ont aussi lancé une nouvelle pétition pour « se mobiliser contre une politique du fait accompli qui impose sans débat une transformation radicale et irréversible de l’Université française. La défense d’universités autonomes à taille humaine exige que la loi soit pleinement respectée et que l’association d’établissements soit examinée à parité avec les autres formes de regroupement possibles » (lire ici). Pour l’instant, la pétition a rassemblé environ 1100 signatures en 5 jours, c’est donc un départ un peu poussif, mais attendons un peu pour voir si elle a autant de succès que la précédente.

Ces militants anti-ComUE réclament également de la démocratie, « de garantir la tenue systématique de débats sincères, contradictoires et équilibrés au sein des établissements et la prise en considération de leurs résultats ». Ces débats, ils ont lieu actuellement dans les universités, au sein de commissions et dans les conseils centraux, ces derniers étant élus démocratiquement. Et c’est le CA de chaque université qui devra voter pour ou contre les statuts d’une ComUE (si j’ai bien compris). Alors on peut aussi laisser la démocratie s’exprimer par la voix de la représentation légitime … on verra bien ce qui sortira du chapeau.