JeuquiestcePour commencer ce billet, rassemblons quelques éléments afin de planter le décor. En juin dernier, en fin de discussion sur la nouvelle loi ESR, on a assisté à la « crise de la qualification » (sur Gaïa, ici, ici et ici). Alors que les universitaires étaient particulièrement muets sur les sujets majeurs (mise en place des Comues, toilettage de la LRU, etc …), on les a entendu s’égosiller contre une éventuelle suppression de la qualification. Pourtant cette suppression avait été préconisée dans la conclusion des assises de l’ESR. Un des arguments mis en avant était que cette qualification disqualifiait le doctorat français.

Extrait d’une conclusion des assises de l’ESR : « Nous proposons de supprimer la procédure de qualification. Elle est extraordinairement chronophage, mobilise pendant des semaines un nombre d’enseignants chercheurs considérable qui seraient mieux employés à travailler à la recherche ou à la formation, ou à mener des activités d’expertise à plus haute valeur ajoutée, telles que nous en proposons dans ce document. Ajoutons qu’elle est appliquée à certains recrutements et pas à d’autres – elle ne garantit donc aucunement le statut national – puisque les enseignants chercheurs venant de l’étranger en sont dispensés. Par là, elle disqualifie le doctorat français, puisqu’elle indique que le doctorat étranger suffit à garantir le niveau requis pour devenir maître de conférences, alors que le doctorat français nécessite une procédure supplémentaire de« vérification ». Nos universitaires n’auraient-ils pas confiance dans les doctorats qu’ils délivrent ? Ce serait un comble. Les organismes de recherche se passent de la procédure de qualification comme toutes les universités prestigieuses du monde; ni les uns ni les autres n’ont particulièrement à rougir de leurs recrutements. La qualification est finalement le signe d’un manque de confiance unique au monde envers les universités ».

Ensuite, prenons des éléments récents de discussion sur Gaïa. Dans un récent billet, on discutait de la reconnaissance du doctorat par les entreprises. Un fidèle commentateur faisait alors remarquer : « Le handicap des docteurs face aux diplômés des meilleures écoles vient de la faiblesse du « contrôle qualité » des docteurs à l’université. Tant que cette question ne sera pas traitée, les ingénieurs feront la loi, ainsi que les docteurs des écoles habilitées à délivrer le titre de docteur ». D’après moi, ce « contrôle qualité » est à deux étages : tout d’abord au niveau du recrutement du doctorant, c’était le thème du billet précédent, à lire ici. Le deuxième étage est celui du jury de thèse qui est chargé d’évaluer le travail qui a été réalisé. Sur ce point, il y a certainement à réfléchir car il semble évident que la thèse n’est pas un label qualité suffisant, comme en témoigne la procédure de qualification mise en place par les universitaires pour le recrutement des EC. Dans ce contexte, comment reprocher aux entreprises d’être parfois un peu fébriles quant à l’embauche de nos doctorants ? (lire notre billet récent sur le sujet, ici).

Je fais ci-dessous une proposition concrète de réforme des jurys de thèse, pour ouvrir le débat.

Le jury de thèse, un jury de copains. Un jury de thèse est composé de deux rapporteurs et de plusieurs examinateurs. Il contient aussi comme membre le (ou les) directeur de thèse. Les membres qui composent le jury sont proposés à l’université par le directeur de thèse. C’est très souvent des personnes qu’il connait et en qui il a confiance. En général, l’université valide les propositions et je doute qu’il y ait une vérification forte des éventuels conflits d’intérêt ou autre copinage dans la composition du jury, d’où le risque d’un jury de complaisance et au final un diplôme sans grande valeur. A mon sens, si on veut réformer le jury de thèse, c’est d’abord dans la modalité de la composition du jury qu’il faut agir.

Proposition concernant les rapporteurs : Pour des raisons évidentes, les rapporteurs (titulaires d’une HDR) ne devraient pas être proposés (choisis) par le directeur de thèse. Afin de garantir une indépendance de jugement, ils pourraient être tirés au sort à partir d’une base de données contenant des mots clés sur les domaines concernés. Cette base de données serait maintenue par les écoles doctorales (d’un point de vue pratique, cette base de données serait renseignée par les C et EC).

Pour les examinateurs, qui ne jouent un rôle que lors de la soutenance, je verrai bien un mélange entre des membres nommés (tirés au sort) et des membres proposés par le directeur de thèse.

Le président du jury serait de préférence un membre de l’établissement. Il serait nommé par l’école doctorale.

Le directeur de thèse doit-il faire partie du jury ? Cette question doit se poser. En effet, le directeur de thèse est souvent fortement partie prenante dans les travaux (presque toujours dans les domaines des sciences dures). S’il fait partie du jury, il juge alors une partie de son propre travail … j’ai déjà vu des soutenances un peu scandaleuses où le directeur répondait aux questions à la place du candidat. Alors si le directeur fait partie du jury, il ne devrait pas avoir le droit de prendre parole durant les débats. Par contre, il pourra éclairer le jury sur le contexte de la thèse et son déroulement.

Enfin, pour le pot de thèse, je pense que …

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