pedrLa PES (prime d’excellence scientifique) change de nom : elle devient la PEDR (la prime d’encadrement doctoral et de recherche). Bref elle retrouve son ancien nom, jusqu’à ce que le prochain gouvernement fasse sa nouvelle réforme et la renomme PES. Ceci dit, je n’ai pas l’impression que ça change grand-chose aux critères d’attribution (publication et production scientifique, encadrement doctoral et scientifique, diffusion des travaux, responsabilités scientifiques exercées). Mais le symbole est là, l’excellence a définitivement du plomb dans l’aile avec G. Fioraso, qui traite sans faiblir les « petites verrues d’excellence » que le précédent gouvernement avait inoculé au monde de l’ESR.

Si je me souviens bien, l’objectif de V. Pécresse avec la PES était qu’à terme son attribution soit effectuée par les établissements. Bref les établissements, libres et responsables, s’occuperaient de gérer la totalité du processus (volume global, montant, évaluations, attribution individuelle). C’était assez logique étant donné qu’une prime est un des éléments de gestion de ressources humaines d’une structure (structures qui par ailleurs se sont vues confier le traitement des salaires depuis les RCE).

G. Fioraso ne l’entend pas vraiment de cette oreille. Plutôt que de confier la responsabilité aux établissement de faire leur propre tambouille, elle leur propose deux possibilités pour l’expertise des dossiers des candidats à une prime : « Dorénavant, les établissements auront le choix pour l’expertise des dossiers de PEDR entre des experts extérieurs au site ou les instances nationales d’évaluation, c’est-à-dire, pour les enseignants-chercheurs de statut universitaire, le CNU, pour les enseignants-chercheurs des disciplines médicales, odontologiques et pharmaceutique le CNU Santé et pour les astronomes et physiciens le CNAP » (source ici, qui est le décret en préparation qui explique tout sur la nouvelle PEDR, critères d’attribution, expertise, etc … ).

Autant dire que le choix est vite fait quand on connait la difficulté de trouver des experts externes pour faire des évaluations. L’évaluation des dossiers de prime sera donc faite par le CNU. C’est d’ailleurs ce qu’on a voté chez moi dans la commission recherche, trop contente de se débarrasser de la patate chaude. Ceci dit, les établissements gardent sur la papier la maitrise de la situation puisque « le conseil d’administration arrête les critères de choix des bénéficiaires de la prime ainsi que le barème afférent au sein duquel s’inscrivent les attributions individuelles ». On peut voir là un peu de contradictions entre une évaluation nationale par le CNU (et les activités évaluées imposées) et des critères qui seraient propres aux établissements. J’imagine que ça veut dire que les établissements pourront utiliser les évaluations du CNU mais pourront les nuancer selon leurs propres priorités ou appréciations des évaluations remontées ?

Au CNU, la situation n’est pas claire. Les diverses sections pondent des motions parfois un peu contradictoires. « Par ailleurs le CNU 18 s’oppose à toute évaluation locale des candidatures à la PEDR, et demande l’attribution de ces responsabilités aux sections compétentes du CNU, seule instance garantissant un cadre national légitime ». « Concernant la PEDR, le CNU 25 est très réservé sur l’évaluation contingentée des dossiers de candidature à une prime dont il ne maitriserait pas l’attribution ». « La 11e section se réjouit du fait que le CNU soit amené à statuer sur les PEDR à partir de cette année. Cependant, elle déplore la déconnexion entre l’évaluation nationale et l’attribution locale de ces primes » (sources ici). « Les membres de la section 19 dénoncent la précipitation et le peu de concertation qui entourent les discussions entre la CP-CNU et le ministère autour du projet de décret relatif à l’attribution des PEDR. Ils manifestent leur opposition au classement ABC associé à des quotas. Le décret tel qu’il se dessine éloigne le CNU de son rôle d’instance de régulation des disciplines scientifiques pour en faire un outil au service des politiques managériales locales rendues possibles par la LRU » (source ici).

Je doute fort que cette affaire de prime sera un long fleuve tranquille …

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