arton235aDans un entretien qu’on peut lire sur EducPros (ici) Valérie Pécresse reprend la parole sur les universités pour défendre sa loi « d’autonomie ». Les thèmes discutés sont à propos du budget des universités, de la transition RCE et de la réussite en licence. Evidemment ça tape un peu dur sur le gouvernement actuel … morceaux choisis :

Sur le budget des universités, Valérie Pécresse défend son bilan : « les universités ont bénéficié, en moyenne entre 2007 et 2012, d’une augmentation de leurs budgets de fonctionnement de 25 % ! Concernant par ailleurs le transfert de la masse salariale, l’État a été tout à fait généreux. Dans le cas contraire, les universités auraient refusé ! Alors si la dynamique budgétaire n’est plus là maintenant, cela n’est pas de ma responsabilité. Personne ne le dit mais il faut bien être conscient que les budgets sont coupés depuis l’arrivée de la gauche au pouvoir. Les universités avaient pris l’habitude d’avoir chaque année des moyens supplémentaires. Ce n’est plus le cas ». Par ailleurs, elle accuse les universités qui sont actuellement en déficit d’avoir des lacunes de compétences de gestion (ce que G. Fioraso pense également, d’ailleurs …).

Elle revient aussi sur son plan « réussite en licence », qui concrètement n’a pas permis d’améliorer le taux de succès dans cette filière. Selon elle, si ça n’a pas fonctionné, « c’est peut-être en raison d’un vice initial de fonctionnement : la liberté des bacheliers de s’inscrire dans toutes les filières universitaires ». C’était pourtant assez facile d’anticiper qu’un plan cosmétique ne suffirait pas à faire évoluer de façon significative le taux de réussite, sans changer le fonctionnement ou les conditions d’accès aux formations. Car si elle a donné libertés et responsabilités aux établissements, elle leur a refusé le droit de sélectionner leurs étudiants.

Ceci dit, sur le sujet son discours a évolué depuis qu’elle n’est plus ministre. « Il est évident que tous les bacheliers ont leur place à l’université, mais pas dans toutes les filières. J’ai beaucoup évolué sur cette question : nous avons donné sa chance au tutorat, à l’accompagnement renforcé, et aux nombreuses initiatives innovantes des universités. Même si plusieurs projets marchent très bien, cela ne suffit pas. La solution est ailleurs : il faut mettre en place à l’université une orientation sélective, sur dossier, tout en développant des filières adaptées aux différents profils accueillis. Par exemple, un bachelier fragile aux résultats très faibles devrait être dirigé vers une année de consolidation des acquis et d’enseignements allégés. Pourquoi ne pas envisager une licence en 7 ou 8 semestres ? »

Je pense que c’est un discours très raisonnable et il est dommage qu’elle n’y ait pas pensé avant (par exemple pendant la période 2007-2011). J’aime cette idée que tous les bacheliers ont leur place à l’université (encore que ce soit très discutable dans le cas des bacs pros). Je pense également que rien ne sera réellement possible si un seul type de formation (un seul niveau) est proposé en licence. Cela donne des promotions bien trop hétérogènes et en conséquence des pédagogies impossible à mettre en œuvre de façon raisonnable (les moins bons seront systématiquement en échec et les meilleurs s’ennuient à mourir et fuient vers les filières sélectives en lien avec les grandes écoles). Comme je l’ai déjà dit ici, si j’étais aux commandes, je ferai un premier cycle sur deux niveaux de formation (disons un pour les bons élèves et l’autre pour les autres). Le deuxième paquet serait orienté vers les licences pros, avec des passerelles possibles vers le premier paquet pour les meilleurs d’entre eux. Les élèves du premier paquet (les bons étudiants) consolideraient leurs bases pour un tremplin vers des formations professionnalisantes de niveau bac+5 qui seraient de trois types (1) les métiers de l’enseignement (2) les métiers des entreprises, type cadres et cadres dirigeants (3) les métiers de la recherche. On donnerait aux établissements un cadrage commun (mais léger), la possibilité de développer des modules différenciants et la possibilité de développer certaines formations de très haut niveau (qui pourraient alors remplacer les ex-CPGE) afin d’alimenter les « grandes GE ». Bien entendu toutes les formations de ce premier paquet seraient sélectives, à discrétion de chacun des établissements (et des formations dans les établissements), libertés et responsabilités obligent …

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