excellence8La crise des profs de CPGE a été rapidement éteinte. On a pu constater combien tout le monde s’agite quand quelques profs (mais pas n’importe lesquels !) risquent de perdre quelques milliers d’euros par an suite à une réduction du volume de leurs heures supplémentaires. Les CPGE et les concours, c’est sacré en France … De leur côté, les universités sont enferrés dans les pires difficultés financières (entre autres). Elles tentent d’alerter l’opinion publique et le monde politique, mais il semble que cela ne préoccupe pas grand monde.

Il y a peu de temps, un proche m’expliquait que le monde était de toute façon piloté par une fraction très faible de la population. C’est cette « force motrice » qu’il fallait soigner car c’est elle qui fait et fera l’économie, la culture, la politique ou autre. Les CPGE, dans la lignée de la distillation du secondaire, étaient faites pour ça : trier et préparer nos élites afin que nos cerveaux brillants puissent intégrer nos GE les plus prestigieuses. L’université, sur ce volet de la formation des cerveaux, était de toute façon hors-jeu et ne montrait aucune ambition pour infléchir la tendance. Bref il ne faut pas s’étonner du peu d’entrain  qu’ont nos politiques à investir en elle.

Si l’université est desservie pour le volet de la formation, il en est un peu de même pour la recherche. La France a toujours préféré ses organismes de recherche nationaux. On a aussi clairement séparé la science et la technologie (par exemple les EPIC bien séparé du CNRS), rendant la traversée de la vallée de la mort particulièrement délicate dans notre pays. Car dans notre pays est « soucieux de sa diversité ».

Ceci dit, on peut toutefois constater une inflexion importante depuis un peu moins d’une dizaine d’année en France. De plus en plus, l’argent de la recherche est distribué sur appels à projets plutôt que sous la forme de « dotations récurrentes ». La première rupture a été la mise en place de l’ANR et un pourcentage de sélection des projets de plus en plus faible (il parait qu’on pourrait descendre cette année en dessous des 10 % … ?). La deuxième rupture a été beaucoup violente. Ce fut celle des bidulex dont nous avons abondamment débattu sur ce blog. Les sous, c’était seulement pour l’excellence (10 %).

Ce débat sur les crédits de recherche est très présent dans les universités. Car là comme ailleurs, l’argent c’est le nerf de la guerre. Deux visions s’opposent, que je présente ici de façon un peu extrême et sans nuance. Pour certains, l’argent doit être distribué de façon indifférenciée et égalitaire. En effet, on ne peut pas savoir d’avance les résultats de la recherche. Dans ce contexte, c’est mieux d’arroser un peu partout et de récolter ensuite ce qui pousse (bien entendu ça ne pousse pas partout, c’est normal). Pour d’autres, il ne sert à rien d’arroser là où c’est sec, l’argent ne fera que ruisseler. Il faut au contraire concentrer les moyens sur des actions à fort potentiel, et les conditionner à des promesses argumentées de résultats.

Un fidèle lecteur et commentateur de ce blog m’a fait parvenir hier un intéressant playdoyer pour que les « Universités acceptent la logique de l’excellence ». Selon eux, « l’inégalité est inscrite au coeur même de la logique de l’innovation : en matière de talent scientifique, ce sont les extrêmes qui comptent, pas les moyennes. Par exemple, seuls 0,1 % des articles scientifiques répertoriés par l’Institute for Scientific Information sont cités plus de 1.000 fois. De même, 0,1 % des chercheurs français en biologie produisent à eux seuls 13 % des publications importantes en France. Etre compétitif en recherche, c’est donc, dans chaque domaine, se donner les moyens d’attirer ou de retenir un petit nombre de stars d’origines géographiques diverses ». En somme, seule la crème de la recherche a vraiment de l’importance, le reste ne sert pas à grand-chose.

Les auteurs de la tribune pensent que l’université peine à prendre ce tournant de l’excellence : « obsession égalitaire », « bureaucratisation toujours plus infantilisante du financement de la recherche », « modèle du chercheur fonctionnaire évoluant avec la sécurité de l’emploi sur une grille salariale rigide et peu attrayante ». Ils dressent un panorama décliniste d’un pays « en passe de perdre la bataille de la science ».

Les auteurs terminent leur tribune par cette phrase: « Plus que jamais les chercheurs qui peuvent partir se posent la question : est-il vraiment raisonnable de rester en France ? ». A noter aussi, sur ce volet de l’expatriation, un communiqué de l’Académie des Sciences qui pousse un « cri d’alarme sur la financement de la recherche » (lire ici), communiqué qui va d’ailleurs un peu à contre-courant de la tribune de nos auteurs précédents car l’Académie alerte surtout sur la faiblesse des crédits récurrents, avec pour conséquence certains chercheurs qui n’ont plus de crédits de recherche et qui se tournent alors vers l’étranger.