ecole_polytechnique2Alors que les conservatismes et les frilosités s’expriment à foison sur la toile et ailleurs, il y en a d’autres qui avancent. C’est le cas de l’X (Ecole Polytechnique). Elle a présenté récemment son nouveau blason « révolutionnaire » (voir ci-contre). Ce logo mérite une petite explication de texte. J’ai rassemblé ci-dessous deux interviews de Jacques Biot, président de l’X, qui explique les différentes facettes du logo (lire ici sur le blog « le grand amphi » par Benoît Floc’h et ici sur le site de France Info par Emmanuel Davidenkoff)

Que signifie le « X » ? « Il représente les valeurs scientifiques de l’école ». « Ce X dont la typographie évoque le X manuscrit qui symbolise l’inconnue dans une équation mathématique, ce X qui est aussi le surnom de l’école Polytechnique ». « Il représente aussi l’ouverture au monde dans la mesure le « X » est universel ».

Un « X » imparfait. « Le « X », c’est la force, les sciences, la précision. L’imperfection de l’une des branches ouvre sur le monde, les sciences sociales ». « Les autres branches ont le tranchant du sabre. C’est l’esprit de conquête que l’école veut insuffler à ses élèves, et, bien sûr, l’appartenance militaire ».

Le « l’ ». « L’apostrophe, c’est quelque chose de très français. Et nous revendiquons d’être une institution de la République française. On en est très fier ». Le « l’ » est aussi supposé apporter un peu de douceur, de rondeur, d’humanité, un « côté féminin », puisqu’il est écrit à la main, d’une main qui n’est pas masculine. »

La couleur, un bleu sombre. C’est « un bleu chic, statutaire. Il montre que nous sommes une institution qui a de l’expérience. Nous n’arrivons pas sur le marché de l’enseignement supérieur. »

L’insigne militaire se fait plus petit. « L’insigne de l’école militaire, la « pucelle », rappelle également l’histoire, la tradition de cette école plus que bicentenaire. Elle constituait, jusqu’à présent, l’essentiel de l’identité visuelle de l’école. Elle ne sera dorénavant qu’un élément de l’ensemble. Mais elle est là : il n’y a pas de débat sur l’appartenance à la Défense ».

Le plus important : le socle.  « Mais l’essentiel n’est pas là : ce X, qui symbolise l’excellence à la française, est posé sur un socle où il est écrit : université Paris-Saclay ». La France paie cher ses singularités … « Oui. A commencer par le fait de séparer formations d’élite – les grandes écoles – , éducation de masse – l’université – et recherche – toute une partie est assurée par des organismes extérieurs à l’université et aux grandes écoles. La France paie cher cet émiettement car dans tous les pays développés ces trois missions sont réunies au sein d’une seule entité : l’université. En inscrivant son appartenance à l’institution universitaire, Polytechnique choisit résolument de sortir du provincialisme français ».

Mais pourquoi regrouper écoles et universités ? « Dès 1997, Claude Allègre, alors ministre, commande un rapport à Jacques Attali sur l’avenir de l’enseignement supérieur. La lettre de mission est explicite : il faut trouver une manière de rapprocher universités et grandes écoles. Le rapport Attali, assez habilement croit-on, évite de prendre le problème de front et invente ce qui va devenir le LMD, c’est-à-dire la réorganisation des études supérieurs autour de trois grades – licence, master, doctorat. Et la France impose au niveau européen ce nouveau standard lors de deux conférences, à la Sorbonne et à Bologne ». « L’étape suivante vient avec Valérie Pécresse qui tente de généraliser les regroupements d’universités et de grandes écoles, une voie qui est suivie, avec quelques nuances, par Geneviève Fioraso. On invite les universités à se regrouper pour gagner de la visibilité, et à passer des accords avec les grandes écoles afin de multiplier les passerelles d’une part au niveau de la recherche, d’autre part au profit des étudiants. Pour autant, l’image de l’université, en France, reste moins prestigieuse que celle des grandes écoles, qui rechignent à se placer sous la coupole symbolique de l’université ».

Alors le nouveau logo de l’X est révolutionnaire ? « Oui. On est vraiment dans le cercle vertueux dont rêvaient à l’époque Claude Allègre et Jacques Attali : prendre le meilleur de chaque système à la fois pour assurer le rayonnement international de la France, et pour redorer le blason de l’université. Il faut maintenant espérer que cette initiative fasse des émules et que d’autres grandes écoles suivent l’exemple ».

Et si le mouvement ne prend pas ? « Si le mouvement ne prend pas la France se diluera un peu plus au niveau international puisque dans tous les pays développés l’université est le centre de gravité de l’enseignement supérieur et de la recherche. Les conséquences à court terme seront minimes, mais à moyen et long terme elles affecteront directement l’économie et la croissance : les meilleurs chercheurs, au niveau mondial, sont attirés par les meilleurs établissements, et les étudiants les plus prometteurs aussi avec des parcours qui s’internationalisent de plus en plus et qui s’internationaliseront de plus en plus avec l’explosion de l’enseignement à distance par internet qui demain vous permettra de valider des cours suivis à Harvard ou Stanford et probablement, après-demain, vous permettront même de décrocher des diplômes ou des morceaux de diplômes de ces universités. Enfin les grandes entreprises cherchent prioritairement à travailler avec les meilleurs, donc en termes de transfert de la recherche fondamentale vers la recherche appliquée, l’argent risque d’aller ailleurs. Quand on parle d’économie de la connaissance cela peut sembler abstrait, mais au bout vous avez de la croissance et des emplois. C’est tout l’enjeu qui ne niche derrière ce logo Polytechnique – université Paris Saclay ».

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