geantlillePartout, dans les milieux universitaires, les choses bougent via des fusions ou des restructurations internes ambitieuses. Le dernier exemple très récent est l’annonce du projet de fusion des deux universités clermontoises, incluant un rapprochement avec les écoles d’ingénieurs (lire ici). De leur côté, les universités de la métropole Lilloise pataugent dans la semoule. Le quotidien régional titrait récemment : « mais où est donc passée l’université de Lille ? ». La saga dure depuis 2008, les projets ont tous été plantés (campus Lille de 2008, l’IDEX de 2011 …).

La situation est certainement compliquée, on l’a déjà discuté ici. Le paysage de l’ESR est extrêmement fragmenté, en particulier depuis les années 90 avec la construction d’universités périphériques au détriment d’investissements au cœur de la métropole. S’ajoute à cela un faible investissement de l’Etat dans l’activité de recherche via les organismes de recherche (lire ici).

Mais d’un autre côté, et malgré les faiblesses historiques, on ne comprend pas pourquoi la configuration métropolitaine pose tant de difficultés. En effet, les trois universités couvent des domaines disciplinaires qui ne se chevauchent pas (Lille 1 = Sciences et technologies; Lille 2 = Droit et santé et Lille 3 = Lettres et sciences humaines). Dans ce contexte, il n’y a pas vraiment de conflits liés au « qui fera quoi » dans une future université. Les choses me paraissent assez claires. L’université de Lille serait alors une opportunité d’accéder au concept de la vraie université, c’est-à-dire un ensemble unifié omni-disciplinaire. J’en entends déjà s’écrier « holala ça va faire un monstre ingérable ou une usine à gaz ! ». Il faudra bien entendu adopter une gouvernance adaptée à la taille de l’entité en faisant descendre nombre de petites affaires universitaire d’un niveau plutôt que de tout gérer (mal, comme actuellement) au niveau centralisé. Cela peut être fait facilement en donnant une large autonomie aux différentes composantes.

Mais on n’en est pas à discuter de ça chez les universitaires lillois. L’ambiance semble surtout être à la méfiance réciproque. Surtout depuis 2012 avec le roulement présidentiel dans les universités. Xavier Vandendriessche, le nouveau président de Lille 2 (droit et santé) est hostile au projet de fusion « Nous devons travailler sur des dossiers concrets au lieu de perdre notre temps sur ces questions de fusion, qui sont stériles et chronophages » (AEF n°169752, juillet 2012). Pour lui, les dossiers concrets sont tous ceux qui ne concernent pas la recherche et la formation (bref, les deux missions piliers de l’université …). Par ailleurs, il y a dans le jeu une affaire de gros sous : « « Alors que notre université est sous-dotée par l’État, notre fonds de roulement atteint 50 M€, grâce à une gestion économe » (source ici). On comprend aisément que les juristes, pharmaciens et médecins n’aient pas trop envie de faire pot commun de leur capitalisation avec les gauchistes de Lille 1 et Lille 3. Ils préfèreraient un truc du genre fédération régionale (incluant donc les universités périphériques à la métropole). « L’idée, c’est par exemple de laisser un étudiant de l’université d’Artois venir emprunter un livre ou faire des photocopies à Lille II, comme il le souhaite » (source ici). Ambitieux, ce nouveau président, il ira loin !

Fabienne Blaise, la nouvelle présidente de Lille 3 à quant à elle un discours qui me parait bien moins étriqué : « Je pense, pour ma part, que nous avons besoin d’une seule grande université publique lilloise, pluridisciplinaire » […] « j’ai toujours souhaité jouer collectif. D’une part les SHS n’y perdront pas, d’autre part ce sont les universités lilloises qui vont y perdre si elles ne se regroupent pas. La division existant aujourd’hui n’a rien de rationnel : quand on voit la géographie à Lille 1 et l’histoire à Lille 3, ou la sociologie présente dans ces deux établissements… Cela n’a pas de sens ». A propos des communautés d’universités imposées par la nouvelle loi (et le contrat de site unique, régional): « Je suis un peu surprise. A une époque, les universités se sont multipliées. On se rend compte que cela a créé un système compliqué, et on nous demande, un peu à la hache, de penser à un contrat de site unique. Je n’y suis pas favorable. On ne peut pas nous dire comme ça : « on ne veut voir plus qu’une seule tête », d’un claquement de doigt. Ça m’agace. Cela ne nous forcera pas à nous entendre, la complexité reste en effet la même. Et je ne veux surtout pas que cela freine le processus de rapprochement en cours. Avec les universités lilloises, il est acté que tout le monde parle de politique de sites, mais au pluriel. Chez nous, il y a quatre sites. Attention aussi aux représentations politiques qui pourraient émerger derrière : nous ne sommes pas sur le format d’une université régionale unique. Travaillons sans ambiguité : je ne me prononcerai jamais pour une université régionale. Il faut parler de sites au pluriel » (source ici).

L’acteur le plus moteur pour la construction de cette université de Lille semble être Philippe Rollet, président de Lille 1 (sciences et technologies). « Chaque grande métropole française a son université publique unique : Aix-Marseille, Nancy-Metz, Strasbourg… On ne peut pas être à l’écart. On serait moins attractif que les autres pour attirer de bons enseignants chercheurs et les étudiants. Il faut se différencier, montrer que la place lilloise est un lieu important. Cela passe par une politique scientifique et un conseil scientifique uniques » (source ici).

Comment les politiques de la région regardent ces errements universitaires. Peut-être sont-ils eux aussi tout aussi égarés qu’eux, hésitants entre la poursuite d’une politique d’éparpillement régionale héritée de la gauche des années 90 et le bon sens d’un phare métropolitain puissant … Sandrine Rousseau (VP ESR au conseil régional) résume la situation, à propos de la situation complexe de la région « Elle était voulue dans les années 90 pour une meilleure démocratisation de l’enseignement ; elle est à présent aux antipodes de la tendance aux mastodontes universitaires, accentuée par le controversé Plan Campus et la carotte des Idex ». Et se contente d’un constat pour le projet de l’université de Lille : « Nous avons du retard » (source ici). Ça on l’a bien compris que l’université de Lille patauge. Mais en cherchant un peu, je n’ai pas vraiment trouvé grand-chose sur les souhaits politiques de la région sur le sujet (à vrai dire, ça me semble tout aussi chaotique que chez les universitaires). Le soutien le plus ferme à la création de l’université de Lille devrait venir, en toute logique, de la tête métropolitaine (Martine Aubry, maire de Lille), mais curieusement je n’ai rien trouvé sur le sujet. Si Martine Aubry a un avis sur le sujet, elle se garde bien de le communiquer autour d’elle …

A Lille, le temps s’est arrêté …

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