quoi-de-9-docteurG. Fioraso était récemment à l’université d’été du MEDEF. D’après les articles de presse que j’ai pu lire, les patrons ont été assez froids avec elle. Il faut dire que la table ronde à laquelle elle a participé s’intitulait « regarder la réalité en face », et évidemment avec ce titre on peut s’attendre à entendre quelques « vérités » déplaisantes. La réalité, selon la ministre, est la suivante : « malgré les bonnes prestations de nos chercheurs dans les revues scientifiques (6e rang mondial), nous sommes à un niveau affligeant en ce qui concerne la transformation de la recherche en innovations porteuses d’emplois. « Entre le 20e et le 25e rang mondial », selon elle, un niveau que certains ont qualifié de « Death Valley » (vallée de la mort) » (source ici). Les patrons répondent alors : « Y avait-t-il des cadavres de pigeons dans la Death Valley ? ». En effet, ces derniers ne semblent avoir qu’une préoccupation : baisser le régime fiscale et hop tout sera merveilleux. Mais la ministre ne s’est pas laissée intimider : « elle en a profité aussi sec pour tancer les entreprises françaises encore très en retard pour l’accueil de jeunes dotés de doctorats, comme le font les allemands, le doctorat étant selon elle un facteur d’innovation. Elle a regretté que la France « reste un pays très binaire, opérant une coupure bien trop grande entre ses grandes écoles et son université, ce qui constitue un particularisme qui pèse beaucoup sur le moral des jeunes » (source idem).

On pourrait aussi rappeler aux patrons français qu’un autre gros point noir est la faiblesse de la recherche privée. Il faut dire que dans les services de R&D (ou R&I, selon la mode nouvelle) des entreprises, les ingénieurs sont très largement majoritaires et que les docteurs constituent en moyenne seulement 15 % des effectifs. Une bonne configuration serait d’envisager, dans ces services de R&D, d’avoir au minimum une parité d’ingénieurs et de chercheurs. Cela me paraitrait un bon équilibre, une diversité de profils, une certaine mixité intellectuelle et donc des sources de richesse propices à l’innovation (les mauvaises langues diraient « sortir du moule qui a conduit à la faillite des ingénieurs ». Mais pour en arriver là, il faudrait que les entreprises entreprennent une sorte de petite révolution dans leur recrutement. Cela n’est pas gagné d’avance tant le système reste clivé entre universités et grandes écoles. Il faudrait également que la sphère des grandes écoles reconsidère son appréciation de ce que peut être le doctorat, trop souvent considéré comme n’étant pas un vrai travail (lire ici et ici). Bref, nos entreprises françaises vont-elles enfin se décider un jour de parier sur les docteurs ?

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