bacOn connait depuis peu les résultats des vœux des lycéens pour leur poursuite d’étude, via le portail APB (admission post-bac). Le Figaro titre « les lycéens boudent toujours l’université ». Intro :  « Seulement un tiers des élèves de terminale a demandé cette année une orientation à l’université en premier choix. Ils préfèrent toujours les filières sélectives comme les BTS, IUT ou prépas ». Le Monde publie une version plus optimiste : « plus d’un tiers des bacheliers veulent aller à l’université » … « ce qui en fait le vœu numéro un ».

Bien entendu, un tiers ce n’est pas beaucoup compte tenu que les universités accueillent environ 50 % des étudiants. L’université n’est donc pas attractive aux yeux des étudiants. Il faut dire que le portail APB est loin de valoriser un cursus universitaire, comme le note Jean-Luc Vayssière sur son blog : « Il est expliqué noir sur blanc que certains cursus sont sélectifs, d’autres pas, et que, par conséquent, il est plus pertinent de mettre dans les premiers choix les filières sélectives plutôt que les autres, qui resteront toujours accessibles. L’exemple donné, celui des classes préparatoires et des universités, ne peut qu’agacer. Rarement on aura été aussi loin dans la mise en évidence de la logique inavouée du système français qui a toujours sacrifié l’université : choisir d’abord les filières sélectives, de l’aveu même du ministère, et se rabattre sur l’université en cas d’échec, puisqu’elle est obligée d’accueillir tout le monde, jusqu’à l’absurde » (source ici).

Les orientations souhaitées sont, bien entendus, très différentes selon le type de bac (général, technologique ou professionnel). Pour le cas les bacheliers pros, 7% veulent aller à l’université (hors IUT). Pour les bacheliers technos, 15 % d’entre eux veulent aller à l’université (hors IUT). Dans le cas des bacheliers généraux, 47% souhaitent se diriger vers l’université, 15% en IUT, 14 % CPGE  et 10% en STS. Ce pourcentage de 47 % est très proche du pourcentage d’étudiant en université, on pourrait alors se dire que l’université est finalement pas si rejetée que ça par les étudiants.

Il est intéressant de creuser un peu, car les filières générales sont composées de 3 paquets (L, ES et S). Pour les L, il y a peu de concurrence hors de l’université, ainsi 64 % des étudiants veulent aller à l’université sur leur premier vœu. Pour les ES, le pourcentage est de 46 %. Enfin, le pourcentage le plus faible est celui des S, avec seulement 41 % des étudiants qui mettent en priorité une poursuite d’études à l’université. Pour ces bacheliers scientifiques, la concurrence est féroce avec les CPGE (20%), les IUT (14%), et les diverses écoles qui intègrent dès la première année (environ 13%) et STS (7%).

Concentrons maintenant notre attention sur les 41,3 % de  candidats au bac série S qui veulent aller à l’université. Parmi eux, on compte 20% en médecine-PACES. Hors PACES (donc pour 21,3% des bacheliers), seulement 37 % d’entre eux veulent poursuivre des études scientifiques (sciences-technologies). Les autres veulent aller en droit-économie-gestion (21%), en STAPS (18 %) ou en SHS (11 %) ou en arts-lettres-langues (10%). Le bac série S sert donc majoritairement à la poursuite d’études non scientifiques à l’université (du moins c’est l’expression des vœux). Bien entendu, les filières scientifiques ne recrutent presque pas dans les bacs des série L et ES (alors que l’inverse est massif).

Je résume tous ces chiffres (vœux) sur le schéma ci-dessous, avec cette fois non pas des % de % sur deux ou trois niveaux, mais avec des pourcentages sur la cohorte de futurs bacheliers (bac S). (Tous les chiffres de ce billet sont extraits d’un document ici).

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On constate (mais on le savait déjà) que les licences scientifiques sont très peu attractives (seuls 8 % des bacheliers l’ont mis en premier vœux !). Bien entendu, la réalité des inscriptions est différente, car tous les bacheliers ne sont pas admis sur leur premier vœu. Plus de la moitié y arrive par défaut étant donné que ces licences de sciences et technologies rassemblent environ 20 % des bacheliers scientifiques.

G. Fioraso se sent certainement obligée de commenter ces chiffres très mauvais pour l’université (Lire ici sur EducPros). « Lorsqu’on sait que plus de la moitié des étudiants sont à l’université, mais que seuls 34% des bacheliers émettent ce vœu en premier choix, il est clair qu’il y a un vrai problème d’attractivité » … C’est bien gentil de dire qu’il faut rendre les licences plus attractives mais je doute fort qu’une seule simplification de l’offre de formation parvienne à renverser la tendance. C’est le système entier post-bac qu’il aurait fallu refonder. Mais l’université n’est pas la priorité du gouvernement, comme en témoigne les fortes baisses de crédits de fonctionnement ou la récente polémique « les bons élèves en CPGE, les gros nuls à l’université ». Sur le dernier point, la ministre ne semble manifestement pas comprendre : « Quant à l’amendement adopté à l’Assemblée réservant des places en filières sélectives (classes prépas, IEP, BTS-DUT) aux meilleurs bacheliers des lycées les plus défavorisés, Geneviève Fioraso n’y a pas vu de contradiction avec sa volonté de redorer l’image de l’université » (Educpros, ici).

L’université a son utilité : voiture balai de l’enseignement supérieur … C’est précieux et très pratique: sans gros investissement, ça permet d’éviter de trop gros volume de jeunes sans emploi …

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