bons_elevesLe projet de loi aura donné l’occasion de discussions parfois étonnantes. Il a été discuté du « rapprochement » CPGE-universités par la signature de conventions. Souvent ces conventions existent déjà et on ne voit pas bien comment elles pourront faciliter ces rapprochements. Dans ce contexte, un amendement adopté vise à faciliter l’orientation des bons élèves vers les filières sélectives, en particulier vers les CPGE. L’argument donné est axé sur une meilleure mixité sociale dans les filières sélectives : « Depuis des années, par Bourdieu par exemple, nous savons qu’il existe une sorte d’autocensure sociale naturelle : de bons, voire de très bons élèves ne vont pas dans les filières sélectives, soit qu’ils en ignorent l’existence, soit qu’ils pensent que ce n’est pas possible – ou, s’ils ont osé poser la question, qu’on leur ait répondu que ce n’était pas pour eux. […] Concrètement, une fois les résultats du baccalauréat publiés, le rectorat pourrait vérifier si les meilleurs élèves de chaque lycée ont choisi une filière sélective. Il y a effectivement 150 lycées qui n’envoient personne en classe préparatoire, et on a du mal à être convaincu qu’aucun de leurs élèves n’en a la capacité ! » (Vincent Feltesse, rapporteur du projet de loi, séance publique à assemblée nationale).

« On peut être le meilleur élève d’un lycée difficile et avoir totalement intériorisé que la prépa, les concours, les admissions sur dossier ce n’est pas pour soi mais pour les autres. Cette situation constitue un gâchis insupportable et est profondément injuste » (Jerome Guedj, député PS, source ici). Il est vrai que ces bons étudiants n’arrêtaient pas leurs études mais allaient à l’université plutôt que dans les filières sélectives. Un gâchis insupportable. Qu’on se le dise, les CPGE et les GE sont pour les bons étudiants, les gros nuls peuvent aller à l’université (ils prennent tout le monde). Au moins le message est clair …

Rappelons aussi que les CPGE ont du mal à recruter. Il y aurait environ 4000 places non pourvues. 150 lycées qui n’envoient pas d’élèves dans les CPGE, ça fait certainement quelques milliers de bons étudiants qui sont concernés (et sauvés !). Non Monsieur Feltesse, ce n’est pas une mesure « symbolique », c’est une mesure de salubrité publique !

*****************************************************

Ajouts :

Sur le blog de J.L. Vayssière, on peut lire un très intéressant billet sur le même thème, que je vous invite à lire (ici). Il inclut aussi la problématique du processus APB (admission post-bac). Extraits :

Sur le guide APB, « Il est expliqué noir sur blanc que certains cursus sont sélectifs, d’autres pas, et que, par conséquent, il est plus pertinent de mettre dans les premiers choix les filières sélectives plutôt que les autres, qui resteront toujours accessibles. L’exemple donné, celui des classes préparatoires et des universités, ne peut qu’agacer. Rarement on aura été aussi loin dans la mise en évidence de la logique inavouée du système français qui a toujours sacrifié l’université : choisir d’abord les filières sélectives, de l’aveu même du ministère, et se rabattre sur l’université en cas d’échec, puisqu’elle est obligée d’accueillir tout le monde, jusqu’à l’absurde ». […]

«  il ne sert à rien de parler de réforme de l’université sans une refonte générale de l’organisation du premier cycle, et sans repenser la situation d’inégalité incroyable qui conduit nos filières universitaires à travailler avec plus d’étudiants et moins d’argent que toutes les autres ». […]

« Enfin, il me semble qu’il n’est pas déraisonnable de poser, avec discernement, la question de la sélection à l’entrée de l’université. Si la loi réserve maintenant des quotas de place dans les filières sélectives que sont les BTS et les IUT aux bacheliers technologiques et professionnels, on pourrait aussi imaginer, réciproquement, que leur inscription dans les filières universitaires générales ne soit pas automatique – plutôt que de maintenir la fiction, destructrice pour notre système d’enseignement et aussi pour le parcours de formation des jeunes concerné, d’un accès totalement ouvert de l’université qui conduit à des taux d’échec parfois terribles à la fin de la première année, masquant finalement une sélection qui ne dit pas son nom. Je suis bien conscient du caractère sensible d’une telle proposition, mais il me semble qu’il serait hypocrite de ne pas poser la question, mise en lumière par APB : combien de temps un système d’accès à l’enseignement supérieur aussi inégalitaire, et en réalité économiquement contreproductif et socialement injuste, peut-il continuer à exister ? ».

On notera que l’association fédérative nationale des étudiants universitaires scientifiques demande la suppression des formations dans les UFR scientifiques (lire ici). Extrait : « Considérant dès lors qu’être étudiant à l’université est un échec, puisque les meilleurs iront de droit en CPGE, l’AFNEUS demande le redéploiement des crédits alloués à la formation, auprès des écoles d’ingénieurs en grande partie privées et ne disposant d’aucun adossement à la recherche pour la majorité d’entre elles. Ainsi dispensés de la formation, les personnels enseignants-chercheurs seront libérés de leurs 192 heures d’enseignement annuel et pourront alors se consacrer entièrement à leur recherche et promouvoir leurs carrières puisque celles-ci dépendent uniquement de leur capacité à produire des publications de recherche, l’enseignement étant subi, et non désiré ».

Publicités