assembleeLe projet de loi ESR est accompagné par une série de mesures qui concernent le premier cycle universitaire. Ces licences seraient davantage pluridisciplinaires, la spécialisation serait plus progressive et il y aurait une forte simplification de l’offre de formation (le fameux maquis … « 10 00 intitulés, c’est aberrant ! »). Tout cela vise à réduire le pourcentage d’échec en licence et atteindre rapidement 50 % d’une classe d’âge diplômée du supérieur. On notera qu’on ne touche pas aux conditions d’entrée dans les formations, c’est-à-dire que n’importe quel étudiant pourra s’inscrire sans condition de niveau ou de prérequis. On cherche ici à améliorer l’orientation des étudiants mais en aucun cas on ne touche au problème de fond, qui est structurel et basé sur une compétition contre-productive entre sous-entités du service public (licence, IUT, STS et CPGE), conduisant aux aberrations souvent discutées dans ce blog.

Sur ce sujet du premier cycle, les réformes sont fortement axées sur le concept du « -3 +3 », que nous avons déjà beaucoup discuté ici et (par exemple). Certains y voient une bonne configuration pour fabriquer le chainon manquant lycée-université et donc proposer un meilleur service d’orientation pour les étudiants. D’autres, dont moi, craignent qu’on mette un pied dans la « secondarisation de l’enseignement supérieur ». J’ai déjà pris position sur cette question dans mes billets sur le sujet (l’âge de la rupture ; Sauver la licence).

Dans le projet de loi (article 17), le continuum avec le lycée est proposé : la licence se positionnera « dans la continuité des enseignements dispensés dans le second cycle de l’enseignement du second degré » et qu’il y aura « une spécialisation progressive des études » (article L.612-2 modifié).

Ces modifications font réagir des députés (en particulier les professeurs d’université P.Hetzel et D. Fasquelle, UMP), qui voient là un risque de secondarisation de la licence, et ont déposé des amendements à ce sujet.

  • P. Hetzel et al. Suggèrent de supprimer carrément l’article en question, pour les raisons suivantes : « Cet article institutionnalise la logique de secondarisation de l’enseignement supérieur. En effet, la notion de « continuité des enseignement entre le secondaire et le supérieur s’oppose à l’essence même de l’enseignement supérieur français qui, à la différence de l’enseignement secondaire, postule de l’autonomie intellectuelle de ses étudiants pour leur dispenser des enseignements magistraux adossés à la recherche. Par ailleurs, l’enseignement supérieur n’a pas à renoncer son mode de diffusion libérale des savoirs pour pallier aux manquements de l’enseignement secondaire. D’après le même raisonnement, la notion de « spécialisation progressive des études » doit être repoussée : les enseignements généraux sont dispensés par la filière générale de l’enseignement secondaire, l’enseignement supérieur ayant à la charge des enseignements disciplinaires spécifiques. Ces dispositions du projet de loi pourraient ainsi faire du 1er cycle universitaire un nouveau cycle d’enseignements généraux, simple passage vers le master, dans la continuité du lycée, en repoussant ainsi toujours à plus tard la spécialisation et l’employabilité des étudiants. La licence doit demeurer spécialisante et permettre une insertion professionnelle à sa sortie ».
  • D. Fasquelle : « [A propos du deuxième point, alinéa 2] Une telle affirmation nie la spécificité de l’enseignement universitaire lié par nature à la recherche, ce qui le différencie radicalement de l’enseignement du lycée. Cette proposition rétablit une année de propédeutique. La licence universitaire ne doit pas être en continuité pédagogique avec le lycée ([…] il y a une différence de nature, donc une rupture entre le lycée et la licence). D’autre part, on ne peut pas concilier une spécialisation trop lente (et donc tronc commun trop long) avec la nécessité de transmettre des connaissances au plus haut niveau. […] laisser une telle phrase revient à déclarer qu’on veut secondariser les licences universitaires et l’on peut craindre que la présence des universitaires dans les premiers cycles universitaires ne diminue fortement au profit des Prag et des Prce« .

L’amendement de Hetzel et al. n’a pas été adopté. La ministre n’a pas souhaité ouvrir le débat sur le « -3 +3 ». celui de D. Fasquelle, je ne sais pas mais je me doute qu’il a suivi le même chemin ….

Allez, venez les petits, on va vous cocooner, promis on va bien s’occuper de vous, on fera tout comme au lycée (et tes devoirs pour aujourd’hui, c’est fait ?). Et ne mangez pas des frites tous les jours au RU, hein !

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