enoughLes chroniques dans les medias sur le projet de loi relatif à l’ESR tournent à la catastrophe. Elles sont quasi toutes focalisées sur l’article 2 de la loi, qui vise à autoriser l’utilisation (sous conditions) de l’anglais comme langue d’enseignement dans nos établissements du supérieur. Hier, G. Fioraso déplorait à juste titre une « polarisation » des débats sur les cours en langues étrangères, généralement en anglais, dans les universités, alors que son projet de loi comporte des dizaines d’articles » (source ici). A mon sens, ça montre bien que le reste de la loi ne passionne vraiment pas grand monde. Cela témoigne soit d’une certaine fadeur de cette loi ou bien d’un désintérêt assez gravissime des médias et des politiques pour les questions relatives à l’ESR (ou les deux).

Ce matin un commentateur de ce blog écrit: « Pour revenir au sujet du projet de loi Fioraso, il est remarquable que la question linguistique, non pas fasse débat (nous nous étions attendus, ici même, à la forte médiatisation et au côté passionnel du débat) mais acquiert ce rôle de marqueur central de toute la loi. En maintenant les interdictions (ce que je crois le gouvernement susceptible de faire pour s’éviter des ennuis) on va impacter le fonctionnement de l’enseignement supérieur bien plus qu’on ne croit: ce n’est pas l’usage du français qui en sera davantage défendu, mais le contrôle étatique sur tout le système d’enseignement supérieur. Le mammouth a un bel avenir! (et en plus il barrira en français!) ».  Ce nouvel épisode de la « guerre des langues » aura généré plus de 200 commentaires assez fournis. Un record !

Toute ces polémiques pourraient bien avoir des conséquences assez cocasses.  D’après la ministre, il y a actuellement 700 formations en langues étrangères dans nos écoles et universités. Ces formations sont actuellement hors la loi mais les pratiques sont tolérées sans qu’il y ait à fournir de justification. Avec la récente médiatisation sur le sujet, je doute fort que ces formations puissent continuer leurs pratiques linguistiques « sous le manteau ». Dans le cadre de la nouvelle loi, elles vont devoir demander des autorisations pour faire leur enseignement en anglais. On peut assez facilement anticiper des formulaires de justification afin d’obtenir une accréditation (pourquoi en langue étrangère ? combien d’étudiants étrangers ? compétence linguistique des enseignants ? plu value par rapport au français ? y a-t-il accord avec des universités étrangères ou programmes financés par l’union européenne ? etc …). Car la loi va « proposer aux universités de le faire mais de façon très encadrée, pour viser un public (et) des disciplines spécifiques » (G. Fioraso, lien ci-dessus). Il est bien possible que toutes ne soient pas autorisées à poursuivre leurs pratiques. On aurait alors un effet inverse de l’objectif du texte de loi …

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