assembleeLors des assises de l’ESR, il a souvent été noté que notre structuration était complexe et ressemblait à un mille-feuille. Le nouveau projet de loi relatif à l’ESR tente de donner une réponse à cette complexité par la constitution de communautés d’établissements et/ou d’universités. Sur ce volet de la loi, on peut faire ressortir les éléments suivants :

  • Les communautés d’universités et d’établissements correspondent à des fédérations d’universités et d’écoles (ou à des fusions entre établissements). Les organismes de recherche pourront être partenaires de ces communautés. Ces communautés devront « s’adapter à la réalité de chaque territoire ».  Le ministère « s’engage à jouer ainsi pleinement et avec une efficacité renforcée son rôle régulateur, garant de l’émergence d’universités complètes, cohérentes et adaptées à chaque territoire ». Il y a donc ici la volonté de construction de gros pôles omni-disciplinaires (bref des vraies universités) et d’un rapprochement avec les grandes écoles.
  • Ces communautés visent à remplacer les PRES. On ne voit pas très bien en quoi ces communautés simplifient le paysage (mais on pourra admettre que ça ne le complexifie pas). Sauf, bien entendu, si ces communautés se marient en cours de route. A ne jamais oublier: l’éloge de la simplicité.
  • Il y aura une trentaine de communautés, dont plusieurs dans la région parisienne. On peut donc anticiper que le découpage sera très largement régional. Il me parait assez clair que c’est une réforme qui va vers une régionalisation de l’ESR. Ça ressemble beaucoup à un acte de décentralisation qui ne dit pas son nom. Lire nos billets le sujet, ici , ici et .
  • Ceci dit, une trentaine me semble être un bon chiffre. C’est beaucoup plus que la dizaine que voulait le gouvernement précédent et beaucoup moins que l’infini morcellement actuel. Lire ici des argumentaires qui vont vers la même conclusion: il faut une trentaine de gros pôles universitaires en France.
  • Il y aura des contrats de site. Ces contrats contiendront des dispositions spécifiques à chacune des communautés. Il y aura aussi des contrats d’objectifs avec les collectivités territoriales. Tout l’enjeu sera dans le contenu de ces contrats de site (dotations annuelles à se partager ? dotations en moyens humains ?). Si quelqu’un en sait plus sur ce volet, qu’il n’hésite pas à nous éclairer. On peut anticiper de grosses tensions le jour du partage du gâteau annuel.
  • Il y a un objectif d’un État garant de l’égalité des ressources (rappelons qu’un des thèmes majeurs de la compagne de F. Hollande était l’égalité des territoires). Sur ce volet, la ministre aura du pain sur la planche car si l’enseignement supérieur est assez égalitaire territorialement, ce n’est pas du tout le cas pour la recherche pour laquelle on constate des déséquilibres régionaux abyssaux (lire mon billet sur le sujet). Le thème de l’équité des ressources entre universités et écoles pourrait aussi être discuté dans ce cadre des communautés. Par ailleurs il conviendrait de remettre à plat les graves déséquilibres territoriaux associés aux BiduleX.

On ne peut pas vraiment dire que la constitution de ces communautés d’établissements et/d’universités soit vraiment un choc de simplification. Espérons qu’elle en propose les briques. A charge de ces communautés de construire les simplifications. Pour ma part, je ne peux qu’être favorable à toute tentative de structure coopérative et qui vise à redonner de la cohérence à notre paysage. Mais je me demande bien comment vont tourner ces communautés … certainement en eau de boudin, comme souvent quand on parle de rapprochement, de fusion et ou d’intérêt collectif. Espérons que l’enseignement supérieur français ne restera pas un paysage de villages de gaulois (sans potion magique).

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