aeres_suppressionDans un rapport récent du Sénat, porté par Dominique Gillot (PS) et Ambroise Dupont (UMP), une partie est consacrée à la disparition de l’AERES décidée par la ministre. Les rapporteurs ont auditionné trois universités afin de prendre la température (seulement trois, ça semble un peu léger …). Les échos sont plutôt contrastés, entre ceux qui trouvent que c’est une « tracasserie en raison de la superficialité des analyses et du caractère inadapté de certaines recommandations » et ceux qui la pensent « utile et constructive ». Il aurait été intéressant de mettre en regard de ces avis l’appréciation générale des évaluations subies. Il est en effet bien connu que quand le rapport d’évaluation n’est pas spécialement positif, on va préférer critiquer la qualité du travail d’évaluation plutôt que de se remettre en cause.

Globalement, ce rapport du sénat est plutôt favorable à la poursuite des activités de l’AERES et préconise son maintien. Extraits du rapport (source ici): « D’une façon générale, l’ensemble des équipes dirigeantes des universités visitées ont insisté, auprès de vos rapporteurs, sur la nécessité d’une évaluation externe et indépendante qui soit perçue comme un levier d’amélioration du projet stratégique de l’établissement, et non pas comme une sanction. La notation est ainsi ressentie comme globalement pénalisante aussi bien pour les équipes de recherche que pour les formations ».

« Toutes les équipes dirigeantes rencontrées ont jugé indispensable cette évaluation objective et les appréciations sur l’AERES, ses pratiques et ses méthodes, améliorées au fil du temps, ont été positives. Un constat en contradiction avec les prises de position tranchées lors des assises et des appels violents à la disparition de l’AERES ».

« L’ensemble des personnes auditionnées s’accordent pour reconnaître que l’AERES est nécessaire pour garantir l’uniformité du système national d’évaluation : elle doit se garder d’intervenir dans la « micro-évaluation » et mettre l’accent sur l’évaluation de l’orientation stratégique ».

« En matière de recherche, elles insistent sur la nécessité de  disposer d’un cadre national d’évaluation structurant, établi par une agence nationale: il s’agit d’éviter le risque que les unités mixtes de recherche soient évaluées par l’organisme interne d’évaluation de l’organisme de recherche partenaire, que les unités non mixtes soient évaluées par une autre structure totalement déconnectée ».

A noter aussi une interview récente de Didier Houssin, actuel président de l’AERES (lire ici), extraits: « Globalement, les critiques ne viennent d’ailleurs pas des responsables de formation ou des directeurs et présidents d’établissement. Les prises de position les plus vives ont émané de chercheurs, anciens, et de quelques syndicats, qui, je crois, regrettent la façon dont l’évaluation se faisait auparavant, au sein des organismes ».

« Nous ne sommes absolument pas opposés à voir évoluer nos missions ou la composition des conseils, au contraire. Mais cela ne nécessite aucunement de nous supprimer. Encore moins pour nous remplacer par une structure de même nature, avec les mêmes missions et simplement quelques petites inflexions. C’est totalement injuste, et cela ressemble plutôt à une sanction. J’ai le sentiment que nous sommes dans un phénomène de bouc émissaire » […] « Pourquoi se tirer ainsi une balle dans le pied, et repartir de zéro ? »

L’AERES bouc émissaire ?  je veux bien le croire. Cette disparition annoncée, c’est la contrepartie pour faire passer le maintien de la LRU … je trouve ça particulièrement préjudiciable (et « incompréhensible », comme le dit D. Houssin). On a franchement pas mal d’autres préoccupations dans l’ESR pour se disputer sur la refondation d’une nouvelle agence d’évaluation. Une simple réforme de l’actuelle AERES doit pouvoir suffire à faire évoluer le système et atténuer les aspects les plus contestés.

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