usinegazL’innovation est devenue un thème très majeur de notre ESR. A ce sujet, je me demande combien de personnes gravitent dans cet espace situé entre le monde de  l’entreprise et le monde académique. J’ai l’impression que chaque territoire, très préoccupé par la question de l’emploi, a mis en place de multiples entités chargées de traiter du problème de l’innovation (jugée trop souvent en berne). Tout cela semble générer une activité importante, et certaines mauvaises langues diront que ce ne sont que des usines à gaz que ne servent qu’à pondre des rapports, enquêtes ou jolis power point …. C’est vrai que les ateliers, commissions, groupes de travail ou autres journées thématiques se sont multipliés avec des géométries diverses, en trucs horizontaux ou bidules verticaux. Ça engendre des réunions par dizaines entre différents acteurs, dans lesquelles on se perd en sigles et acronymes. Plus personne d’ailleurs ne sait qui fait quoi, tant le panorama se chevauche et s’entremêle. Tous ces gens se connaissent entre eux (se tutoient) et il s’est développé une sorte de langage souvent opaque aux « extérieurs », parsemé d’acronymes, de mots clés, de schémas de pensée : clusters, incubateurs, démonstrateurs, SPL, lignes pilotes, plateformes, grappes d’entreprises…

Pour ma part je peux comprendre cette activité. Elle traduit certainement une grande préoccupation des acteurs politiques qui ont la responsabilité de trouver des solutions pour l’emploi dans leurs territoires. Certainement qu’il faut y voir aussi la conséquence d’une tentative de réaction à la « mondialisation », pour ré-ancrer de l’activité économique dans les territoires ou de redécouverte des avantages des activités de proximité.

Je me souviens de la création des pôles de compétitivité. Je trouve que c’était plutôt une bonne idée, sur le principe. Mais comme souvent quand on crée de nouvelles structures, on oublie de faire disparaitre celles qui précédaient. Depuis on en a même créé de nouvelles, crise économique obligeant à trouver des solutions (donc commissions, brainstorming, réunions, ateliers, rapports, etc …). Mais après des années d’existence, je n’arrive pas bien à voir s’il y a une réelle plus-value de ces pôles de compétitivité. De toute façon, A. Montebourg a fait évoluer la mission des pôles : « d’usines à projets », ils deviennent maintenant des « usines à produits ». Il me semble qu’actuellement on décale tout vers l’aval. L’Europe ne fait pas autre chose avec le projet Horizon 2020. L’aval de l’innovation est la priorité mais j’ai bien peur qu’on oublie un peu trop l’accompagnement de l’émergence de futures innovations.

Heureusement, notre président nous a promis récemment un choc de simplification. Une bonne idée serait de remettre un peu d’ordre dans les multiples entités connectées à l’innovation et à l’interface entre la recherche et les entreprises. Nulle intention ici de dire qu’elles ne servent à rien. Mais pour être vraiment efficaces, il faudrait qu’elles deviennent lisibles, qu’on comprenne leurs missions, surtout qu’elles soient accessibles. Ce qui veut certainement dire de s’implanter sur le terrain, plutôt que d’être hébergées dans les grandes administrations des collectivités territoriales.

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