ufoDepuis mon antenne terrienne de la bibliothèque intergalactique, je me suis sentie bien extra-terrestre, en lisant l’épaisse documentation préliminaire de la négociation 2014-2016* entre l’éditeur Elsevier et les universités françaises pour les abonnements aux revues en ligne diffusées sur Science Direct.

Extra-terrestre quand je vois une négociation qui s’engage sur une base où, à périmètre constant, pour une université pluridisciplinaire, la proposition actuelle de l’éditeur reviendrait à passer d’un coût annuel de 250 000 € par an à 600 000 €, sans accès garanti aux archives, et que pour les seules 30 revues ayant plus de 1000 téléchargements par an, la note serait de 90 000 €.

Extra-terrestre quand j’entends un conservateur des bibliothèques à Clermont Ferrand** calculer que pour diviser les coûts par deux, il devrait l’an prochain diviser par 25 le nombre de titres disponibles.

Extra-terrestre quand je vois certaines universités qui acceptent sans sourciller de lancer la négociation sur une base d’augmentation de 3 % sans même se dire qu’il serait possible de partir d’une demande de réduction des coûts dans le contexte actuel.

Extra-terrestre encore quand je comprends, à la lecture de ce billet de 2012 de Mike Taylor que lorsque mon université d’adoption paie 250 000 € à Elsevier, 92 000 € sont reversés aux actionnaires, le profit annuel net moyen de l’éditeur tournant autour de 25 % depuis 2001.

Et vous, communauté de terriens et navigateurs célestes en transit autour de la Gaïa Universitas, savez-vous que se jouent ces mois-ci, dans vos établissements, les règles du jeu pour les années à venir ?

Savez-vous que les seuls abonnements à Science Direct représentent plus de 30 millions d’euros pour la France ? Savez-vous vous combien coûte Science Direct et les abonnements papier Elsevier à votre établissement ?***

Dans cette période de faillite annoncée des universités, ce sont choses bonnes à savoir pour promouvoir des choix raisonnés alliant retour à des achats moins larges côté éditeurs payants et partage plus ouvert des productions scientifiques côté auteurs, non ?

* La documentation transmise aux membres du consortium Couperin, qui négocie au nom de 200 universités, écoles et EPST, est confidentielle, les intérêts commerciaux primant sur la transparence de la dépense publique. L’extra-terrestre que je suis ne peut donc en dire plus.

** Via la liste de diffusion accès ouvert

*** Chiffres donnés via la liste accès ouvert : Université de Nantes 500 000 €/an, Clermont Ferrand : 480 000 €/an…

Ce billet nous est proposé par Ufolib, une terrienne bibliothécaire devenue récemment extraterrestre.

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