PessoaL’université portugaise privée Pessoa a ouvert une antenne à Toulon, et compte en ouvrir une autre en septembre à Béziers, avec le soutien du maire, dans le domaine de la santé : dentistes, pharmaciens, orthophonistes, diététique. Un cursus en médecine serait dans prévu dans trois ou quatre ans. Selon France-info, le Rectorat de Montpellier confirme avoir reçu une demande d’autorisation mais déclare l’avoir refusée.

L’installation à Toulon a déclenché en décembre une plainte du gouvernement, la ministre de l’Enseignement supérieur ayant déclaré que cette université portugaise « n’est pas habilitée à délivrer des diplômes à l’étranger ».

Au-delà des critiques sur l’opacité, ou sur la qualité des cours, le vrai problème vient de ce que ces créations institutionnalisent un contournement du numerus clausus :« Les diplômes obtenus sont valables dans toute l’Union européenne. » lit-on sur le site Internet du centre Pessoa. Et ce contournement s’accompagne d’une sélection par l’argent (7500€/an).

L’enseignement semble prévu en français, par des diplômés français, avec des stages au Portugal« Le langue n’est pas un problème, les élèves reçoivent des cours de portugais dès la première année. » déclare Bruno Ravaz, vice-président du centre universitaire Fernando Pessoa. Il parle de corporatisme et rappelle le développement de déserts médicaux, et en appelle à la liberté d’enseignement.

Roselyne Bachelot a démenti sur Twitter son appartenance au conseil d’administration de l’université Pessoa. Boris Cyrulnik confirme son statut de président du conseil scientifique de cette université privée. « Ce qui compte, c’est la formation bien plus que la sélection » a-t-il déclaré en février.

Divers syndicats et ordres professionnels ont déjà fait part de leur opposition, ainsi que certaines universités ; une manifestation est prévue ce vendredi, co-organisée par le CNPS (professions de santé), le CNSD (syndicats dentaires) et la FNO (orthophonistes) devant la mairie de La Garde.

Ce conflit risque d’être chaud car il concerne finalement toute l’UE, et cumule plusieurs débats politiques difficiles :

Les numerus clausus et les quotas des professions règlementées sont-ils des freins économiques ou des protections de la qualité de la formation ? Régulation ou dérégulation ? Rappelons que la libéralisation des biens et des services est prévue par les accords européens, et que l’éducation en fait théoriquement partie…

La sélection : oui, mais par un concours ou par l’argent ? (7500€/a, annoncés)

Le dogme de l’UE de la concurrence libre et non faussée se retrouve trahi par ses propres dispositions sur la validité des diplômes dans tous les pays membres, et la possibilité pour une université privée de s’implanter là où il y a un numerus clausus : une sorte de dumping universitaire, analogue au dumping fiscal ! Certains parlent de vide juridique. Affaire à suivre, sans aucun doute.

(Sources : France-info, ici, et article du « Panorama du médecin »)

Ce billet nous est proposé par Krokodilo.

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