logoiutRevenons brièvement sur une des mesures phares du projet de loi sur l’ESR : «  Les titulaires d’un baccalauréat professionnel bénéficient d’une priorité d’accès aux sections de techniciens supérieurs et les titulaires d’un baccalauréat technologique bénéficient d’une priorité d’accès aux instituts universitaires de technologie selon des modalités précisées par décret » (article 18). Comme je l’ai discuté précédemment (ici), je trouve que c’est une très bonne mesure, pleine de bon sens. C’est une belle opportunité de rendre une cohérence à notre enseignement supérieur qui marche sur la tête. On reste toutefois très dubitatif quant à la fin de la phrase : une priorité « selon des modalités précisées par décret ». Le mot « priorité » a certainement plusieurs sens, non encore répertoriés dans le dictionnaire et le décret doit en préciser la définition (priorité forte, priorité faible, liste des passe-droits, etc …).

La ministre G. Fioraso a eu la gentillesse de nous préciser ce que veut dire « priorité d’accès » dans son discours qu’elle a donné à Reims, le 8 mars dernier (lire ici):

« Je comprends qu’il puisse y avoir certaines appréhensions [elle s’adressait aux acteurs des IUT]. Permettez-moi d’être claire : priorité d’accès ne veut pas dire la fin de l’accès sélectif ; priorité d’accès ne veut pas dire un accès de droit généralisé pour tous. Comme il ne saurait y avoir d’ambigüité, nous le préciserons dans la loi, et un décret précisera les modalités précises de mise en œuvre de cette priorité d’accès, à partir d’objectifs nationaux et académiques. Ce décret sera rédigé avec les acteurs concernés, au premier rang desquels – bien sûr – les I.U.T. ».

Un peu avant, en citant le premier ministre lors du discours d’ouverture des assises « le Premier ministre a parlé d’égale dignité de tout bachelier. Nous n’acceptons aucune hiérarchie selon le bac d’origine, qui s’apparente souvent à une hiérarchie sociale qui ne dit pas son nom ».

Comme on n’acceptera aucune hiérarchie selon le bac d’origine, on comparera les dossiers des bacheliers technos et généraux et on prendra les meilleurs, comme on fait à présent. A la limite, pour deux dossiers équivalents, on choisira le bachelier techno ? Si j’ai bien compris, le projet de texte cité dans le premier paragraphe sera modifié et je pense que l’expression « priorité d’accès » sera dénaturée. En outre, dans son discours de Reims, la ministre a précisé l’ampleur de la réforme : « Le curseur ne modifierait en définitive que 10% à 15% des effectifs : la difficulté n’est donc pas insurmontable ». Ouf ! et dire qu’on a pensé un moment à une petite révolution dans l’enseignement supérieur …

Pour terminer ce billet, rappelons quelques chiffres et quelques faits :

– La mission d’origine des IUT était de former des techniciens à bac+2. La formation était finalisée par un diplôme professionnalisant. Aujourd’hui, 80 % des titulaires de DUT poursuivent leurs études. On peut donc en déduire que leur taux d’insertion professionnelle est environ de 20%, ce qui est assez misérable au regard de la mission de service public confiée aux IUT.

– Sur le site des IUT, on peut lire un éditorial de Jean-François MAZOIN, Président de l’ADIUT ((Assemblée des Directeurs d’IUT) : «  La vocation des IUT a largement dépassé celle de la formation de techniciens supérieurs. Accordant une large place à la réussite de ses étudiants, le réseau des 113 IUT les prépare à la fois à une insertion professionnelle immédiate à Bac +2 ou Bac +3 ou à la poursuite d’études courtes ou longues ». La mission des IUT a-t-elle évolué ou bien est-ce que Jean-François MAZOIN prend quelques libertés, au mépris de la mission confiée par l’Etat aux IUT?

– Enfin quelques chiffres: il y a 68% de réussite des bacs techno en IUT (13,5% en Licence); 54,5% pour les bacs pro en STS (4,6% en Licence). Source: MESR ici. On pourra lire également avec intérêt le billet de Olivier Bouba-Olga « Au fait, combien de lycéens allons-nous sacrifier cette année?« 

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