CNUPour postuler sur un poste d’enseignant chercheur (EC), les candidats doivent passer au préalable une étape de « qualifications » auprès du CNU (conseil national des universités). Il s’agit d’un examen sur dossier des travaux des futurs éventuels candidats. Cette qualification m’a toujours parue un peu curieuse étant donné que qu’il faut être titulaire d’un doctorat pour postuler sur un poste EC. En toute logique, le doctorat est un diplôme (national) et devrait valider cette étape d’aptitude à conduire des travaux de recherche. Dans le cas des EC expérimentés, il y a une autre étape qui s’appelle HDR (habilitation à diriger des recherches). Là encore il s’agit d’un diplôme national et là encore on se demande à quoi sert une qualification pour ces EC expérimentés et connus des leurs communautés respectives.

Le ‘rapport Berger’ préconise la suppression de la qualification (lire ici, proposition 124, page 68). On ne sait pas encore si cela sera suivi des faits. Voici quelques extraits du rapport Berger :

« Nous proposons de supprimer la procédure de qualification. Elle est extraordinairement chronophage, mobilise pendant des semaines un nombre d’enseignants chercheurs considérable qui seraient mieux employés à travailler à la recherche ou à la formation, ou à mener des activités d’expertise à plus haute valeur ajoutée. »

« Ajoutons qu’elle est appliquée à certains recrutements et pas à d’autres – elle ne garantit donc aucunement le statut national – puisque les enseignants chercheurs venant de l’étranger en sont dispensés. Par-là, elle disqualifie le doctorat français, puisqu’elle indique que le doctorat étranger suffit à garantir le niveau requis pour devenir maître de conférences, alors que le doctorat français nécessite une procédure supplémentaire de « vérification ». Nos universitaires n’auraient‐ils pas confiance dans les doctorats qu’ils délivrent ? »

Le rapport explique aussi que la France est seule à avoir cette étape préliminaire de vérification. A l’étranger, il n’y a pas cette procédure pour un recrutement. Le rapport souligne donc un manque de confiance des universitaires français. Selon le rapport, le seul argument avancé pour conserver cette qualification est le rempart contre le recrutement local (le fameux « localisme »)  … pour lire la totalité du paragraphe sur cette proposition de suppression de la qualification, c’est ici.

Alors bien entendu, le CNU n’est pas du tout d’accord à la suppression de la qualification. Voici quelques extraits de motions par différentes sections du CNU (lire en entier ici).

« La section tient à rappeler que la procédure de qualification est garante de l’unité des statuts et de la qualité des recrutements. Elle repose sur une évaluation scientifique rigoureuse par une instance paritaire et collégiale dont une partie des membres est élue ».

« La critique de la lourdeur du dispositif est également inopportune. A l’heure où l’évaluation des enseignants chercheurs est imposée comme un impératif la qualification scientifique et indépendante des considérations locales et la seule présentant une garantie de fiabilité et d’impartialité ».

« La section réaffirme son profond attachement à la procédure de qualification et d’habilitation, garantes d’une vision nationale de la qualité des recrutements des enseignants chercheur ».

« La procédure de qualification, est facteur d’égalité et d’équité sur l’ensemble du territoire et garante d’un niveau scientifique et pédagogique validé par les pairs, grâce à une vision globale du champ disciplinaire dans un paysage académique marqué par l’autonomie des établissements et l’implication croissante d’acteurs régionaux et locaux dans le financement de la recherche et la définition de ses périmètres ».

Etc etc … on pourra lire aussi avec intérêt le texte de la CP-CNU (commission permanente du CNU), ici. Cette analyse reprend point par point les critiques du rapport Berger et tente de les contredire, avec plus ou moins de bonheur.

Ce weekend, une petite enquête (lire ici) très intéressante a fait un petit buzz sur la toile. Elle concerne le taux d’évaporation des qualifiés, c’est-à-dire des personnes qui ne postulent pas sur un poste d’EC malgré une démarche de qualification. Ils représentent 43 % des qualifiés. Donc cette qualification ne leur aura servi à rien. Que d’énergie et de temps perdu pour rien (pour les postulants, pour les évaluateurs, pour le travail en commission)…

Alors cette qualification du CNU, on la supprime ou non ?