SciencesPoLa succession au poste de directeur à Sciences Po Paris s’éternise et provoque vague sur vague.  La dernière en date est le retrait de Louis Vogel, ancien président de la CPU et Paris. Ce dernier explique sur son blog les raisons de son retrait. Extrait : « L’objectif poursuivi par Sciences Po et les gouvernements successifs de rapprocher le monde des grandes écoles et des universités pour que la formation des élites françaises s’ouvre aux grands enjeux internationaux n’est pas confirmé. Ne souhaitant pas cautionner une orientation contraire aux convictions pour lesquelles j’ai oeuvré toutes ces dernières années, je retire ma candidature » (source ici). Il déclare dans le Nouvel Obs: « L’université, c’est l’affaire des universitaires. J’ai plus de vingt-cinq ans d’expérience dans ce domaine. Il faut être légitime pour parler avec ses pairs. Pour être plus reconnue à l’international, l’université française a besoin qu’on lui permette de réaliser de grandes ambitions. Il faut pour cela que soient promus des universitaires de haut vol. L’exemple que vient de donner Sciences Po est inquiétant car c’est un mauvais signal qui va en sens inverse des pratiques académiques mondiales. Il laisse entendre que l’on n’a pas encore bien compris ces pratiques« . (source ici).

On se souvient également de la charge de Pierre Mathiot, actuel directeur de l’IEP Lille et ancien candidat à la direction de Paris, dans une interview au Monde fin janvier, titrée « Je n’appartiens pas à cette élite du pouvoir » (lire ici). Extraits : « Ce que j’avais sans doute mésestimé est le fait que je n’appartiens pas à cette élite du pouvoir, n’en partage ni les valeurs ni les certitudes, et que cet état d’«outsider», provincial de surcroît, ne pourrait être vu par eux que comme une incongruité, pour ne pas dire une faute de goût. » […] « Ce qui guide la démarche des dirigeants actuels est de conserver le pouvoir ou l’influence. En effet, exercer du pouvoir ou de l’influence dans Sciences Po, et à partir de Sciences Po, est au principe même de l’existence sociale et professionnelle de ces dirigeants, sur le même plan que leur conviction absolue d’avoir toujours raison. A cela s’ajoute, pour d’autres de ces dirigeants, l’intérêt objectif de conserver des positions qui assurent un très bon salaire, une visibilité dans l’espace social et des conditions de travail sans équivalent au sein de l’enseignement supérieur. On retrouve là beaucoup d’arrogance, une vraie conscience de classe et, pour tout dire, un très fort conservatisme ». […]  » L’année qui vient de s’écouler a été intéressante à deux titres au moins. En premier lieu, est-il bon pour une société qu’une part aussi importante de ses «élites» soit issue de la même formation et, très souvent, d’un même milieu social et culturel? Richard Descoings, en développant les conventions avec des ZEP, avait tenté de répondre à sa manière – que je ne partage pas – à cette préoccupation. Aujourd’hui, cette question me semble devoir être posée avec encore plus d’acuité. On doit se demander si une élite formée à l’abri des difficultés du monde et de la connaissance intime des différences est la mieux armée pour affronter des situations inédites demandant des solutions innovantes ».

Depuis le retrait de Louis Vogel, « la procédure de sélection sombre dans la confusion » (lire ici). On ne compte plus le nombre d’articles de presse qui nous relatent les petits potins de cette succession ou les errements du « comité de recherche » qui manifestement a dérapé assez sévère (au point qu’il a rappelé des candidats écartés, qui ont bien entendu refusé de revenir). Le site Nousvousils (lire ici) nous apprend que la nomination du futur directeur aura lieu ven­dredi 29 février. Bigre ! de quelle année ? Ce soir on apprend que la révolution est en marche à sciences Po. 400 personnes occupent un amphi et protestent contre la procédure de succession à la présidence (lire ici). Blocage, occupation des locaux, démocratie outragée … c’est le grand soir à Sciences Po !

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